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(L’interview qui suit est
destinée aux lecteurs de la route de Darwin. Elle révèle, et discute,
certains éléments clés des 14 premiers épisodes du récit)
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1) Comment vous est venue l’idée de ce roman avec ces peuples,
si différents l’un de l’autre, et seuls survivants d’un monde pollué par les
radiations ?
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J’ai grandi durant la fin de la guerre froide, à une époque
où on essayait de s’imaginer ce que serait le monde après une guerre nucléaire
entre Est et Ouest. Cela a donné pas mal de fantasmes et de fictions (souvent fort
médiocres) sur le monde d’après l’hiver nucléaire, où les radiations auraient
causé des mutations génétiques très importantes… Ce qui n’est pas complètement
faux mais reste quand même assez irréaliste…
La première idée de la Route de Darwin, qui doit
remonter aux alentours de 1992, était de reprendre ce genre d’univers
«après la guerre nucléaire», où différentes «races» mutantes se partageraient
ce qui reste du monde, et où l’une de ces races, en
apparence épargnée par les mutations, aurait un rôle à part, et serait haïe des
autres, probablement à cause de son apparence «indemne». Déjà,
l’action devait se situer en Australie, mais je n’avais alors aucune idée de ce
que pourrait être l’histoire !
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2) Pourquoi avoir situé l’action du roman en Australie ?
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En partie par… Déduction ! Regardez la carte du monde,
et demandez-vous quelle zone serait suffisamment vaste pour ressembler à un continent,
et assez faiblement peuplée pour que personne ne la prenne pour cible en cas de
guerre. Cela laisse une partie de l’Afrique, le désert de Gobi, l’Antarctique
et l’Australie ; cette dernière me semblait un «théâtre des opérations» plus intéressant,
d’autant que j’en connaissais déjà un peu
la géographie. L’idée d’axer l’intrigue sur la ville de Darwin n’est venue que
plus tard, juste avant de commencer l’écriture du premier chapitre.
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3) Kest, le héros de la première partie, est-il un
aventurier, un idéaliste, un fils qui essaie de répondre aux attentes de son
père ? L’un des trois ou tous à la fois ?
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Je dirais que Kest est avant tout un héros classique. Il est directement
inspiré de la série des Trigun de Yasuhiro Nightow ; il hérite de
son héros ses capacités physiques, mais aussi son côté «héros rejeté et
incompris».
Son personnage a beaucoup évolué au fil du temps, le rendant
assez complexe et ambigü. Au départ, je le voulais assez détaché de tout, peu
émotif, mais dans la pratique, il est souvent guidé par ses émotions.
Je ne crois pas qu’il soit un «aventurier» ;
je le vois surtout comme un héros déchu auquel le destin donnerait une
seconde chance. Il évoque peu son passé, mais il est clair qu’il pensait avoir
tout perdu, sa famille, son peuple, ses ambitions et ses illusions. L’«ancien»
Kest était idéaliste, aventurier, charismatique ; le «nouveau»
a probablement gardé toutes ses qualités, mais il est avant tout désabusé, et
soucieux de ne plus s’impliquer dans la marche du monde. La
«mission» qu’est le voyage pour la ville de Darwin est l’élément-clé,
celui qui l’oblige à revenir sur le devant de la scène. On pourrait dire que
cette mission est le véritable héros du livre, seul trait d’union entre ses
personnages.
Quant aux liens entre Kest et son père, ils ont été
brièvement évoqués et poseront de nouvelles questions dans les chapitres à
venir, j’en laisse donc la découverte à mes lecteurs J
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4) La peur apparait comme un trait dominant dans «La
route de Darwin». Kest se méfie de tous ceux qu’il croise. Cette peur
fait-elle partie de ce monde post-apocalyptique ou bien Kest est-il quelqu’un
qui a plus à craindre que les autres ?
– Kest ne se méfiait pas des Techs, censés ne pas tuer ceux de leur peuple.
C’était une grossière erreur de sa part ?
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La méfiance perpétuelle entre les peuples de la Route de
Darwin est l’un des principaux moteurs de l’intrigue, donc encore une fois, je
ne peux pas trop en révéler…
Le bon sens commun (et un brin naïf) nous dit que les
peuples, surtout dans des situations d’adversité comme le sont
l’après-apocalypse, et la survie dans un monde sans repère, dont les
connaissances et la culture s’effondrent, devraient se rapprocher, s’entraider,
dépasser les clivages. Mais en vérité, que se passerait-il ? La méfiance
et la haine ne seraient-ils pas les plus forts ?
En temps normal, celui qui prêcherait la communion entre les
peuples serait un saint, celui qui prônerait la ségrégation raciale, un
imbécile criminel. Kest pourrait même se situer au plus bas de l’échelle :
il a causé (involontairement certes, mais combien en ont conscience ?
Qu’en pense-t-il lui-même ?) un conflit ethnique meutrier.
Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions. Le Prophète
encourage ses Fidèles à oublier les barrières entre les races, mais il les
encourage aussi à tuer les infidèles. Si on suit le raisonnement jusqu’au bout,
on pourrait lui donner raison : ceux qui s’opposent à lui sont forcément
ségrégationnistes, favorables à la haine entre les peuples ! Ils sont donc
criminels et dangereux !
En vérité, c’est ce mode de pensée qui mène aux pires atrocités…
Ce n’est jamais tout blanc ou tout noir. Le monde n’est pas
aussi simple et manichéen.
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5) Kest est un être solitaire : pas de femme, pas d’amis ; dès le 1er épisode,
il se retrouve seul, en panne de voiture, dans le désert. Pourquoi cette solitude ?
A cause de son appartenance au clan des Techs ?
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Très bonne question >_<
Je renverrais d’abord à la question 3, Kest était
probablement très entouré, mais comme c’est un héros «déchu», il a
coupé les ponts avec tous ceux dont il était proche, collègues, amis, famille.
Ceux avec lesquels il n’a pas coupé les ponts sont ceux qui lui ont tourné le
dos.
Par le passé, il s’est voulu leader, meneur d’hommes, et cela
a mené à un désastre. Je crois qu’après cela, il a dû éviter de se lier à
d’autres personnes. Par ailleurs, il se comporte à plusieurs reprises comme une
bombe ambulante, un aimant à ennuis qui semble apporter le chaos partout où il
passe (là aussi il hérite directement du héros de Trigun). Cela n’a pas
dû faciliter les choses.
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6) La religion affleure dans le texte où il est question
de : Terre Sainte, Prophète, djihad ? La religion, les prophètes,
sont-ils indispensables à l’humanité, pour le meilleur ou pour le pire ?
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L’humanité de la route de Darwin s’est sortie de la guerre
nucléaire, des «temps anciens», mais il ne lui en est rien
resté : sa science et sa technologie sont en perdition malgré les
recherches des Techs (les Technologiques de leur vrai nom), il ne reste presque
rien de l’ancien monde, de son art, de sa culture, de ses traditions, de tout
ce qui le composait. Seuls quelques fragments ont filtré, et les anciennes
religions en font forcément partie, car ce sont les formes de
«culture» ayant le plus fédéré les peuples de notre monde (entre
500 millions et 2,2 milliards de fidèles pour le Christianisme, l’Islam, le
Bouddhisme, et l’Hindouisme).
Un peuple qui n’a rien, et dont la situation est désespérée
(pertes de repères, conflits permanents, difficultés de survie, mortalité très
élevée) se tourne souvent vers la religion. Pour le peuple du «nouveau
monde» de mon récit, toutes les conditions sont réunies pour qu’une
religion puisse s’imposer. Il ne manque que la religion elle-même et le
Prophète, de toute évidence inspiré par les cultes anciens, va justement
l’apporter. Le malheur vient du contenu des croyances professées par le
Prophète, et non de la religion elle-même.
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7) L’apocalypse, qui est à l’origine du feuilleton, est-il
inscrit selon vous dans l’histoire du monde ? Quel est votre point de vue
alors que l’on parle plus que jamais de sauver la planète ?
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Toute littérature postérieure à la seconde guerre mondiale
est influencée par la seconde guerre mondiale. Je n’échappe pas à la
règle, bien que l’influence soit moins nette dans «la route de Darwin»
que dans «Terres de Cristal», mon autre cycle de Fantasy. Nous
avons déjà vécu l’apocalypse, sous plusieurs formes. L’idéologie nazie
et ses camps de concentration en sont une forme, la résultante de la haine des
peuples. L’idéologie communiste en est une autre, une sorte de haine
autodestructrice de la nature humaine. Et nous avons eu un avant-goût d’une
troisième apocalypse, celle de la destruction totale, à la fois au long des
deux conflits mondiaux, et sous une forme extrême technicisée, celle de la
bombe nucléaire (Hiroshima et Nagasaki).
La route de Darwin ne fait que supposer qu’une étape supplémentaire
a été franchie. Je crois qu’imaginer le monde après une apocalypse, quelle
qu’en soit la forme, est l’un des rôles clés de la littérature de
science-fiction.
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8) Quelle étrange idée de tuer votre héros à la fin de
la première partie ? Ne redoutez-vous pas les conséquences d’un tel acte de la
part d’un auteur ?
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Cela en chagrinera certains mais dans la première version du
récit (qui comptait 16 épisodes), Kest survivait. En fait, mon principal
problème avec lui, c’est qu’il en sait trop. Il est plus intéressant de suivre
un groupe de personnages essayant de reconstruire ce «puzzle» que
sont la personnalité, les connaissances et les objectifs de Kest, que de suivre
Kest dans une aventure dont il devine déjà toutes les grandes lignes.
Son autre problème, c’est qu’il est un personnage assez
classique. C’est assez habituel dans mes écrits, mais pour un héros comme Kest,
il est trop facile de s’entendre avec un illuminé tel que Mist, ou quelqu’un de
discipliné comme l’est Kyan. J’ai trouvé plus intéressant de mettre l’accent
sur d’autres personnages (en particulier Mist).
Ceci dit, n’enterrez pas Kest trop vite, nous sommes dans un
récit de fiction et surtout de science-fiction, j’ai encore pleine de
moyens de le faire intervenir : flashbacks, visions, messages enregistrés ou écrits par Kest…
Résurrection…
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9) – Mist n’est pas le combattant expérimenté qu’était Kest.
Pourra-t-il assumer la mission que Kest lui a confiée ?
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Non.
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10) Une dernière question : Avez-vous un autre roman en
projet ou en cours d’écriture ?
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Je rédige actuellement l’univers d’un jeu de rôles appelé Les
Ombres du Désert (oui, encore le désert, je sais), pour lequel je dois
présenter l’histoire d’un monde, les peuples et régions qui le composent, leurs
croyances, leurs secrets, leur avenir… Quelques nouvelles devraient accompagner
l’ensemble, il est même possible qu’elles présentent un intérêt pour les
non-joueurs (j’aviserai quand je serai un peu plus avancé !).
Il me reste pas mal de travail sur La Route de Darwin ;
je marque actuellement une pause, après avoir rédigé d’un trait les chapitres
11 à 19; j’ai un plan général pour la série, mais j’étais à court d’idées
pour raccorder les différents temps forts du récit. Mon synopsis suggère un
total de trente-cinq à quarante épisodes, le temps de faire quelques grosses
escales dans le nord de l’Australie, de révéler tout ce que Kest et Craft
avaient gardé pour eux, et aussi, le temps de développer les personnalités des
plus givrés de mes personnages (y a du boulot, croyez-moi !).
J’ai laissé en attente un roman écrit début 2007, dont j’ai
une centaine de pages mais qui en nécessiterait le quadruple ; il
s’agissait d’un récit d’heroïc-fantasy intitulé Droiture, au premier
abord archétypal, dans lequel un chevalier d’un royaume en perdition,
passablement dérangé (comme nombre de mes personnages) venait en pèlerinage
auprès d’une puissance dénommée l’Oracle ; cet Oracle décidait de venir en
aide au chevalier en envoyant à son secours «le Mal personnifié».
L’intrigue est plutôt intéressante, mais je n’étais pas très satisfait du
style, je ne suis pas encore décidé à y retravailler…
J’envisage aussi d’améliorer un roman de littérature générale
écrit courant 2006, assez réussi mais auquel il manquait encore un petit
quelque chose.
Enfin, il me reste le récit sur lequel j’ai passé le plus de
temps, Terres de Cristal, cycle d’heroïc-fantasy qui a, pour son
malheur, suivi mon évolution en tant qu’auteur : à chaque nouvelle
version, passés quelques mois et plusieurs centaines de pages, je m’apercevais
que les premiers chapitres, par leur style et leur intrigue, n’étaient plus à
la hauteur des derniers, et il ne me restait plus qu’à tout reprendre à zéro
>_< J’ai repris le récit de zéro à trois reprises (pour un total de plus
de 800 pages), et j’ai toujours sur les bras son monstrueux synopsis, qui
mériterait encore beaucoup de travail, mais bon, un jour peut-être…
A tout cela il faut rajouter la dizaine/vingtaine de synopsis
en tous genres, heroïc-fantasy, anticipation, space opera, littérature générale…
Je manque surtout de temps !
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