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Dans une charmante ville de province, vivait une petite fille prénommée Aglaé. Elle habitait avec ses parents et
son chat Bopy, dans une grande et belle maison entourée d'un magnifique jardin fleuri.
L'histoire, que je vais vous raconter,
a débuté un vendredi, juste à la veille des vacances de printemps. Aglaé et ses trois amies, Prisca, Rosine et Bertille,
venaient de sortir de l'école après avoir embrassé leur institutrice, mademoiselle Fontaine. Dans leur cartable, chacune
des fillettes ramenait un carnet plein de bonnes notes qui ferait la fierté de leurs parents.
Tout en marchant d'un pas alerte sur le trottoir, les fillettes bavardaient joyeusement et se racontaient leurs projets.
- Moi, dit Prisca en secouant joliment ses boucles blondes, je pars à nouveau au bord de la mer avec mes grands-parents.
L'année dernière, j'ai gagné un prix au concours des châteaux de sable, il paraît que je suis très douée pour la sculpture.
- Tu devrais essayer la montagne, lui suggéra Rosine dont les cheveux noirs comme le jais étaient coupés courts. Il y a toutes
sortes d'animaux fabuleux à découvrir : des chamois, des marmottes, des aigles. Si on a beaucoup de chance, on peut aussi
cueillir une fleur très rare, un edelweiss, d'ailleurs je n'en ai qu'un seul exemplaire dans mon herbier. Et toi, Bertille ?
Où iras-tu en vacances ?
- En Laponie, répondit celle-ci avant d'ajouter en pouffant de rire : Le père Noël m'a invitée.
- Au mois d'avril ! s'exclamèrent les fillettes. Oh ! Décidément Bertille, on ne peut pas parler sérieusement avec toi.
La dénommée "Bertille", dont le visage était couvert de taches de rousseur, haussa les épaules :
- D'accord, j'avoue : je pars en colonie de vacances, une fois de plus. Mais au moins je pars, moi !
Le "Moi" s'accompagna d'un regard dirigé vers Aglaé.
- La mer, la montagne, la colo… Pfff ! se moqua Aglaé. Je possède un chat qui parle, un jardin magique, et une maison
hantée par un fantôme très sympa. Je n'ai aucune envie de m'en aller ailleurs.
- Et bien tant mieux pour toi, lui répondit Prisca. Mais nous t'enverrons une carte postale, au cas où tu n'ennuierais
de nous.
Tout en bavardant, les fillettes étaient arrivées devant la maison d'Aglaé qui portait le nom pompeux de "Villa des
Camélias". Avant de quitter leur amie, Rosine, Prisca et Bertille lui lancèrent un "Bonnes Vacances, quand même !"
puis elles poursuivirent leur chemin.
Aglaé franchit la barrière qui fermait l'entrée de son jardin, et tout en marchant entre les pensées jaunes et bleues,
elle s'amusa à imiter ses amies :
- Mais voyons ma chère, cette année je pars en Chine, comme d'habitude. Et vous ? Au Pérou ? Oh ! Ce doit être un pays
merveilleux. Comment s'appellent les habitants de cet endroit ? Des lamas ! Ah bon. Et ils crachent quand vous les mettez
en colère ? Quel drôle de peuple, vous ne trouvez pas ?
A cet instant, la fillette aperçut son chat, Bopy ; il se roulait dans l'herbe et son pelage tigré luisait sous les rayons
du soleil. Elle s'accroupit à côté de lui, et se mit à lui gratouiller le ventre :
- Je suis en vacances, Bopy, lui dit-elle. On va bien s'amuser tous les deux, je te le promets.
- Miaaou ! fit le chat qui était toujours d'accord avec elle.
- Mes amies ne veulent pas croire qu'il y a un fantôme dans la maison, expliqua Aglaé au gros matou. Mais je ne leur en
veux pas car elles sont très gentilles avec moi. Prisca m'aide à résoudre les problèmes quand ils sont trop difficiles,
et Rosine m'apprend à chanter. Enfin, elle essaie parce que je chante faux, mais elle dit que j'y arriverai, un jour.
Quant à Bertille, elle me donne la moitié de son goûter à chaque récréation.
La petite fille releva la tête et contempla la maison.
Malgré sa façade rose un peu démodée - c'était l'une des plus anciennes
demeures de la ville - elle possédait un certain charme ; peut-être à cause de son perron en demi-cercle, et de ses petites
fenêtres aux contours blancs.
Elle avait eu de nombreux propriétaires avant que les parents d'Aglaé ne l'achètent, à leur
tour. Le tout dernier étant le célèbre pirate, Hutar le sanguinaire, dont le fantôme hantait désormais les lieux.
Le papa d'Aglaé avait beau expliquer à sa fille, qu'il s'agissait d'un simple marin, Aglaé n'était pas dupe.
Un beau jour, après avoir enterré son trésor quelque part dans le jardin, le terrible flibustier avait disparu.
- Voyons, Aglaé, protestait à chaque fois son père, je t'ai répété cent fois que ce brave homme était parti vivre en maison
de retraite à cause de son grand âge. Je t'assure qu'il n'y a aucun mystère là-dessous.
La petite fille acquiesçait pour lui faire plaisir mais elle connaissait l'horrible vérité. Hutar, le sanguinaire, avait été
tué par des membres de son équipage qui voulaient s'emparer de son trésor. Malheureusement pour eux, le vieux pirate avait
emporté son secret dans sa tombe et depuis, il errait dans la maison, à la recherche du repos éternel.
Quant au trésor…
Le père d'Aglaé avait déjà tenté à plusieurs reprises de le retrouver en creusant des trous dans le jardin.
- Non, non, et non, Aglaé ! protestait à nouveau le papa. Je ne fais que planter des salades et des pommes de terre.
La petite fille soupira. Pourquoi est-ce qu'on ne peut jamais parler sérieusement avec les grandes personnes ? Aglaé savait
bien qu'il y avait des pirates qui écumaient les mers du sud, à bord de galions battant pavillon noir à tête de mort.
Ils attaquaient les navires, massacraient les équipages et s'emparaient de coffres pleins d'or. Aglaé l'avait lu dans
des livres, alors pourquoi le nier ?
La nuit, Hutar le sanguinaire, ou plutôt son spectre, déambulait dans la maison. Le parquet craquait sous son poids, les portes
grinçaient, et puis il y avait surtout ces longs gémissements qui n'en finissaient pas… Le vieux pirate s'ennuyait, à force
de solitude.
- Toutes les vieilles maisons craquent, ma chérie, expliquait patiemment le papa d'Aglaé, et personne ne gémit : ce n'est
que le vent qui se faufile sous les portes. Oh ! Et puis j'abandonne. Tu as vraiment trop d'imagination.
De toute façon, cela n'avait aucune importance ; Aglaé n'avait pas du tout peur des fantômes.
Les parents d'Aglaé lui firent signe de rentrer. Aglaé en profita pour faire la course avec Bopy jusqu'à la maison, mais
le gros chat tigré fut le plus rapide des deux. La fillette abandonna son cartable dans le couloir, et se mit à faire
des sauts de cabri en chantant à tue-tête :
- Je suis en vacan- ceu ! je suis en vacan-ceu !
Aglaé aimait beaucoup son institutrice mais, à choisir entre l'école et les vacances,
son choix était vite fait ; elle préférait les vacances. Elle savait déjà comment elle allait occuper ses longues
et belles journées sans devoirs à rédiger, ni leçons à apprendre.
"Nous jouerons à la chasse au tigre, Bopy ! Et j'essaierai de te capturer avec mon filet à papillons, et puis nous aiderons
papa à chercher le trésor du pirate."
- Aglaé ? Il y a un petit problème, commença son père. C'est au sujet de ta grand-mère…
La fillette réalisa soudain que ses parents paraissaient contrariés.
- Il ne lui est rien arrivé ? demanda-t-elle.
- Elle s'est blessée à la cheville en glissant dans la salle de bain, poursuivit le papa. Le médecin a dit qu'il lui fallait
du repos, et qu'elle ne devait pas rester seule. Tu comprends ?
Non, Aglaé ne comprenait pas vraiment, mais c'était une mauvaise nouvelle, elle en était
persuadée.
- Ta mère et moi nous allons nous occuper d'elle pendant quelques jours, continua le papa d'Aglaé. Mais tu ne peux pas nous
accompagner.
- Tu es en vacances, Aglaé, intervint la maman. Tu as besoin de courir, de t'amuser. Tu t'ennuierais chez grand-mère.
Aglaë regarda sa mère avec des yeux ronds. Ses parents voulaient partir sans elle, mais
alors… Qu'allait-elle devenir ?
- Tu te souviens de tante Clotilde ? lui demanda sa maman. Nous lui avions rendu visite, l'an dernier et tu avais
adoré ces gâteaux…
Miam-miam ! Bien sûr qu'Aglaé se rappelait d'elle. Petite, plutôt grassouillette, tante Clotilde était une surdouée de
la pâtisserie.
- Ton père et moi, nous lui avons demandé de venir veiller sur toi pendant notre absence, reprit la maman. Elle arrivera
d'ici une heure ou deux, et nous partirons ensuite chez ta grand-mère.
"Ouf ! J'ai échappé au pire, songea Aglaé. Quand je pense qu'on aurait pu m'envoyer chez la Tante Patricia ! Elle a
huit enfants qui passent leur temps à se tirer les cheveux, et à se mettre les doigts dans le nez. Berk !"
Soulagée, Aglaé rassura ses parents :
- Je promets d'être très sage avec Tante Clotilde. Et Bopy aussi. N'est-ce pas Bopy ?
Hélas, il y avait encore un tout petit problème, et la maman ne savait comment l'annoncer à sa fille :
- Tu sais, Aglaé, tante Clotilde a montré beaucoup de gentillesse en acceptant de venir veiller sur toi. Elle est très occupée,
elle a vraiment beaucoup de choses à faire…
La maman s'interrompit, et ses joues devinrent cramoisies. C'est le papa qui finit la phrase :
- Voilà, Aglaé… Tante Clotilde
est allergique aux chats. Aussi, nous allons devoir mettre Bopy dans une pension pour animaux.
Cette annonce fut suivie d'un lourd silence. Aglaé ne souriait plus, ses yeux s'étaient agrandis d'horreur.
- Tu veux
abandonner Bopy dans un refuge ? lança-t-elle, à son père.
- Bien sûr que non, Aglaé, protesta vivement ce dernier. C'est une pension avec plein d'autres chats où Bopy pourra
se faire de nouveaux amis. Je suis certain qu'il sera très heureux là-bas.
- Et puis ce n'est que pour peu de temps, Aglaé, ajouta la maman en essayant de se montrer persuasive. Juste quelques jours.
Aglaé ne pouvait en croire ses oreilles. Non seulement, ses parents voulaient partir sans elle, mais en plus, il allait
la séparer de son Bopy adoré. Quelle horreur !
Bopy n'avait pas compris le drame dont il était l'objet ; le gros matou tigré se frottait contre les jambes d'Aglaé
en ronronnant de bonheur.
La petite fille le prit dans ses bras, et le serra très fort :
- Je refuse d'abandonner
mon meilleur ami sous prétexte que tante Clotilde déteste les chats, dit-elle ses parents. Vous pouvez partir chez Grand-mère.
Bopy et moi nous allons monter dans le grenier et nous y resterons jusqu'à votre retour.
Prenant un air très digne, la tête haute, Aglaé grimpa l'escalier sans se retourner, abandonnant derrière elle ses
pauvres parents. Arrivée au dernier étage, elle entra dans le grenier et referma la porte. Puis, très vite, elle déposa
Bopy sur le parquet, et se hâta d'allumer la lumière. Après tout, ne se trouvait-elle pas désormais dans le repaire
du fantôme ? Bien sûr, les spectres ne sortent que la nuit, mais on ne sait jamais, Hutar le sanguinaire aimait peut-être
aussi la lumière du jour ?
En réalité, Aglaé avait beau être très courageuse, c'est la première fois qu'elle pénétrait dans le grenier.
La lumière
du plafonnier éclairait assez bien la pièce, et il y avait aussi deux lucarnes percées dans la toiture. La fillette
remarqua aussitôt la poussière, et quelques grosses toiles d'araignée. Peut-être y avait-il aussi des souris ? Non.
Aucune certainement, sinon Bopy se serait lancé sur leur piste, et ce n'était pas le cas. Le gros chat tigré était
occupé à fouiner un peu partout.
- Ne sois pas si trouillarde, Aglaé, dit la petite fille en se parlant à voix haute. Si Bopy n'a pas peur, c'est
qu'il n'y a aucun danger à redouter. Imagine qu'il s'agit d'une grotte merveilleuse remplie de trésors.
Elle s'avança timidement, et découvrit un grand poste de radio - tout en bois - qui datait sans doute de l'époque
du grand-père, puis tout à côté, une machine à coudre noire portant sa marque en lettres dorées.
Soudain, elle se cogna
contre un vieux mannequin de couturière et poussa un petit cri de frayeur.
"Que je suis sotte ! J'ai bien cru qu'il
s'agissait du fantôme sans tête de ce vilain pirate. Décidément, c'est vrai que j'ai beaucoup d'imagination."
Aglaé s'enhardit et souleva le couvercle d'une vieille malle en osier. Pêle-mêle elle y dénicha un affreux patchwork
fait entièrement à la main, un éléphant vert et marron à mettre au musée des horreurs, une boule en plastique avec
le mont Saint-Michel et de la neige mais plus une goutte d'eau à l'intérieur.
Tout au fond, dans une grande boîte
en carton blanc, était soigneusement rangée la robe de mariée de sa maman, avec le voile de tulle et le bouquet
de fleurs complètement desséché. Sur une commode, on avait oublié de vieux chapeaux : un canotier, un feutre blanc,
une toque en fourrure à demi dévorée par les mites, un béret beige.
Aglaé les essaya tour à tour en se regardant
dans un vieux miroir dont le tain était presque entièrement effacé ; le feutre lui allait plutôt bien.
"Grui-grui-grui !" fit soudain son estomac.
"J'oubliais mon goûter", pensa Aglaé qui fouilla aussitôt dans ses poches.
Elle en ressortit une barre chocolatée, un chewing-gum et deux biscuits. Merci Bertille ! Apercevant un large fauteuil de
velours carmin usé jusqu'à la trame, la petite fille s'y installa.
Tout en commençant à grignoter, elle eut une pensée
pour ses trois amies, Prisca, Rosine et Bertille, qui s'apprêtaient à partir en voyage.
"Et moi, je vais passer mes journées
seule avec mon chat, enfermée dans ce grenier poussiéreux jusqu'à ce que la harpie soit repartie, soupira Aglaé.
Eh bien ! Tant pis pour mes vacances, mais je ne quitterai pas mon chat. Bopy et moi, c'est à la vie, à la mort."
Alors que le chat tigré recommençait sa toilette pour la douzième fois de la journée, Aglaé ne put retenir un bâillement.
La journée qu'elle venait de vivre avait été éprouvante. La petite fille se nicha au creux du grand fauteuil ; elle posa
sa tête sur un accoudoir et ferma les yeux.
"Si Tante Clotilde met les pieds dans cette maison, pensa-t-elle, je lâcherai
un lézard dans la cuisine, et puis je mettrai un criquet dans sa chambre, et un scarabée dans son lit…"
Tandis qu'elle échafaudait un plan de bataille anti-tante Clotilde, Aglaé s'endormit. La petite fille était si contrariée
qu'elle se mit à rêver, et ce fut un rêve bien étrange !

L'aéronef fonçait à vive allure dans l'espace galactique. Dans sa fuite éperdue, il frôlait les étoiles, slalomait
entre les comètes. C'était un engin spatial de poche, conçu pour le transport de deux personnes. A travers les
vitres-bulles, on pouvait apercevoir le pilote, un robot, et son passager, une petite fille.
Assise à l'arrière,
celle-ci surveillait le ciel avec inquiétude.
- Mozor n'est sûrement pas loin, gémit-elle. Il va réussir à nous rattraper, son vaisseau est plus rapide que le nôtre.
- Ne t'inquiète pas, Anaë, répondit le robot. J'aperçois une planète où nous allons pouvoir atterrir.
- Pourquoi ne pas retourner chez nous ? demanda la petite fille.
- Nous sommes trop loin de la planète des Fleurs, objecta le robot. Mozor n'aurait pas de mal à nous rattraper.
Soudain, Anaë aperçut, dans le lointain, une gerbe d'étincelles.
- Le voilà ! s'écria-t-elle. Il vient de heurter une étoile filante. Dépêche-toi, Bopy !
- Attention Anaë ! J'amorce la descente.
Bopy fit plonger le petit engin spatial vers la planète inconnue ; il posa l'appareil tout en douceur sur l'herbe
d'une clairière. D'un geste vif, le robot ouvrit la bulle, et sauta à terre ; puis il aida sa petite amie à faire
de même. Avec un peu de chance, Mozor poursuivrait son chemin et disparaîtrait dans l'espace.
- Vite, Anaë ! s'écria Bopy en prenant la petite fille par la main. Allons nous cacher!
Et tous les deux partirent en courant.
Trois petits personnages, cachés dans les hautes herbes, avaient suivi la scène
de l'atterrissage avec curiosité. Il s'agissait de trois habitants de la planète : Babs, Timy et Smarf. Ils regardèrent
s'enfuir les deux inconnus.
- Il y a un robot et une petite fille, dit Babs.
- Elle est très jolie, ajouta Timy en rougissant. Je crois qu'elle s'appelle Anaë.
- Vous avez vu leur engin spatial ? pouffa Smarf en secouant sa grosse tête en forme de champignon. On dirait une cacahuète
volante. Ho ho ho ! Quelle drôle de…
Mais avant qu'il ait pu finir sa phrase, on entendit un bourdonnement qui se rapprochait ; puis, tout à coup,
un autre vaisseau apparut dans le ciel.
- Hi hi hi ! s'esclaffa Smarf. Ca ressemble à une poubelle volante ! Ho ho ho ! Le moteur fait Truiik ! Bronk ! Tchak !
- Chuuut ! grondèrent ses amis. Tu vas nous faire repérer.
Une fois l'engin posé, le bruit du moteur s'arrêta, et quelqu'un descendit.
Smarf dut faire un gros effort pour ne pas éclater de rire à nouveau. Qu'il était laid, cet étranger, avec ses sourcils
en broussailles et son gros nez ! Et, chose bizarre, il parlait tout seul, à voix haute.
Les trois petits personnages
tendirent l'oreille, et parvinrent à entendre quelques mots :
"capturer le robot, abandonner la fillette, gagner
beaucoup d'argent…"
Ho ! Tout cela n'était guère réjouissant.
- Que fait-on ? chuchota Timy. Je ne l'aime pas du tout.
Babs gratta le fin toupet de cheveux qu'il avait sur la tête avant de répondre :
- D'abord, on efface les traces
de la petite fille et du robot, ainsi il ne pourra pas les retrouver. Ensuite, on va leur demander s'ils aiment les gâteaux ?
Smarf et Timy trouvèrent que c'était une bonne idée, et les trois petits amis s'éloignèrent.
Pendant ce temps, Anaë et Bopy avaient couru à perdre haleine, à travers la forêt. Bientôt, épuisés par leur course folle,
ils s'arrêtèrent à bout de souffle, et s'écroulèrent au beau milieu d'un champ de coquelicots.
- Je...n'en...peux...plus..., réussit à dire Bopy.
- Moi...non...plus, répondit Anaë.
Autour d'eux, les hautes herbes se mirent à bouger, et trois grosses têtes apparurent. Mais Anaë était trop occupée à
remettre de l'ordre dans sa robe faite de pétales de marguerites pour remarquer les nouveaux venus.
Anaë était une charmante petite princesse qui vivait sur la planète des Fleurs, avec ses parents : le roi et la reine,
et tous ses amis. D'habitude, c'était une petite fille très sage qui n'allait jamais se promener dans l'espace sans son père.
Mais ce jour-là, elle avait désobéi, et elle avait emmené son robot avec elle.
Hélas ! Leur petit engin spatial avait croisé la route du vilain Mozor qui s'était aussitôt lancé à leur poursuite.
Car Mozor était un voleur de la pire espèce… C'était un voleur de robots. Et malgré sa tête et son corps triangulaires,
ses bras en accordéon, et son joli petit nœud qui lui donnaient une drôle d'allure, Bopy était un robot
surdoué de la dernière génération qui valait beaucoup d'argent.
"Je pourrai, enfin, m'acheter un nouveau
vaisseau," avait songé le vilain voleur en se frottant les mains de bonheur.

Et c'est ainsi que la course-poursuite avait débuté jusqu'à ce qu'ils se retrouvent, tous,
sur cette planète inconnue.
- Comme je regrette d'avoir désobéi, dit Anaë en se mettant à pleurer. Je promets de ne plus faire de bêtise.
- Tu veux mon mouchoir ?, demanda soudain une jolie voix cristalline.
Anaë et Bopy sursautèrent en découvrant trois étranges petits bonhommes. Imaginez des êtres en peluche pas plus haut
que trois pommes, avec une tête en forme de champignon surmontée d'un toupet de cheveux, un long cou, et de grands pieds
plats. Ils portaient des habits de toutes les couleurs.

Celui qui avait parlé s'avança vers la fillette et lui tendit son mouchoir à larges carreaux.
- Je m'appelle Timy, dit-il en rougissant. Tu aimes les gâteaux ?
- Je suis Babs, fit un autre, et lui, c'est…
- Ho ! La tête du robot, hi hi, elle est rigolote !
- C'est Smarf. Il est très mal élevé, expliqua Babs. Nous sommes des Bidirlidibis.
- Les Brilibis ? tenta de répéter Bopy mais c'était un nom très compliqué.
- Hi hi hi ! s'esclaffa Smarf. Le robot bafouille. Ho ho ho ! Il est trop drôle.
- Vous n'avez rien à craindre de ce vilain personnage qui vous poursuit, reprit Babs. Il ne pourra pas vous retrouver.
Mais qui êtes-vous ?
Bopy et Anaë racontèrent leur mésaventure. La petite princesse avoua qu'elle avait désobéi et que, par sa faute,
son robot risquait de finir en pièces détachées.
- Si Mozor ne vous trouve pas, il se lassera et repartira, dit Babs. En attendant, venez visiter notre village !
- Je ferai pour vous mes plus beaux gâteaux, dit Smarf. Et Timy vous prêtera sa maison pour que vous puissiez vous reposer.
- Oui, fit Timy en agitant sa grosse tête.
C'est ainsi que Bopy et Anaë découvrirent la planète et le petit peuple des Bidirlidibis.

Pendant qu'Anaë et Bopy liaient connaissance avec leurs nouveaux amis, le roi Tomix se mourait d'inquiétude en attendant
le retour de sa fille adorée. Quand il avait appris la désobéissance d'Anaë, il s'était d'abord promis de la punir,
puis il avait fini par craindre le pire. A la fin, n'y tenant plus, il décida de partir à sa recherche.
"Anaë n'a pas pu aller bien loin avec ce petit engin spatial, songea Tomix. Je vais sillonner la galaxie, et je finirai
bien par la retrouver."
Le roi monta dans sa soucoupe volante et fonça dans l'espace. Dès qu'il aperçut une planète, il s'y posa.
L'endroit était très étrange. Imaginez un paysage entièrement bleu : les arbres, les pierres et même les ruisseaux.
Mais il n'y avait personne.
- Est-ce que quelqu'un m'entend ? appela Tomix.
- Bien sûr que oui. Moi, je vous entends !
Tomix eut beau tourner la tête de tous côtés, et ouvrir grands les yeux, il ne découvrit rien, sauf les arbres,
les pierres et les ruisseaux.
- Je ne vous vois pas, dit-il. Où êtes-vous donc ?
- Me voici, répéta la voix. Suis-je assez visible ?
Et soudain, à deux pas de lui, Tomix vit apparaître un bonhomme tout rond et tout vert.
- Mais vous êtes vert ! s'exclama le père d'Anaë.
- Oui, et vous pouvez me voir. Tout à l'heure, j'étais bleu, comme le paysage.
- Pouvez-vous me dire le nom de cette planète ? demanda Tomix.
- Bien sûr. C'est la planète Changeante, répondit poliment la voix.
- Oh, je comprends, dit Tomix.
Avant qu'il ait eu le temps de réaliser ce qui se passait, le bonhomme avait à nouveau disparu, dans un paysage
devenu entièrement vert : les arbres, les pierres et les ruisseaux.
- Je suis désolé, s'excusa Tomix, mais je ne vous vois plus.
- Me voilà, dit le bonhomme, et au même instant, il devint jaune.
- Je cherche ma fille et son robot, expliqua le roi de la planète des Fleurs. Peut-être les avez vous aperçus ?
- Non, je ne crois pas, répondit le bonhomme après avoir réfléchi. Sont-ils comme vous ? De toutes les couleurs ?
- Euh... oui, répondit Tomix, surpris d'apprendre qu'il était de toutes les couleurs.
- Alors je ne les ai pas rencontrés, et je le regrette, s'excusa le bonhomme. Car je vois si peu de monde. Mes amis et moi
n'arrivons jamais à nous voir, vous comprenez ?
"Non, pas vraiment, " se dit Tomix mais il ne voulait pas faire de peine au bonhomme
qui avait l'air si gentil.
- Excusez-moi, dit le roi en repartant vers sa soucoupe. Je dois continuer mes recherches.
- C'est tout à fait normal. Puis-je vous demander une faveur ?
Et le bonhomme disparut dans un paysage entièrement jaune. A la seconde d'après, il devint rouge.
- Lorsque vous aurez retrouvé votre fille et son robot, pourrez-vous venir bavarder un moment avec moi ? Ainsi je verrai
enfin les gens à qui je parle.
Le père d'Anaë promit, puis il quitta la planète Changeante.

Mozor était lancé à la poursuite du petit engin spatial lorsque son vieux vaisseau avait subitement heurté une
étoile filante. L'un des moteurs était aussitôt tombé en panne, et la fillette et le robot en avaient profité pour prendre
la fuite.
- Ce maudit robot risque de m'échapper ! gronda Mozor, furieux. Avec l'argent qu'il me rapportera, je pourrai m'acheter
un nouveau vaisseau. Je ne peux pas le laisser filer. Mais où sont-ils donc cachés tous les deux ?
Mozor scruta l'espace tout autour de lui ; tout était vide, mis à part une petite planète à courte distance.
"Ils n'ont pas pu aller bien loin, pensa Mozor. Je vais essayer là-bas."
La chance était avec le vilain Mozor. A peine avait-il atterri sur la planète des Bidirlidibis, qu'il découvrit le
petit engin spatial posé dans la clairière. Il était vide.
"Le robot finira bien par sortir de sa cachette, se dit Mozor. Alors je me saisirai de lui, et je le mettrai en
pièces détachées pour l'empêcher de fuir à nouveau. En attendant qu'il réapparaisse, je vais faire une petite sieste."
Le voleur s'allongea dans l'herbe, à l'ombre d'un arbre, et s'endormit.
Après bien des détours, Bopy et Anaë étaient enfin parvenus jusqu'au village des Bidirlidibis. Ils découvrirent
une multitude de jolies maisonnettes blanches en forme de dôme, avec des fenêtres toutes rondes, et des jardins débordants
de fleurs.
- J'espère que vous aimez les gâteaux ? demanda Timy à ses nouveaux amis. De toute façon, nous ne savons pas
cuisiner autre chose.
Il y avait une grande table dressée au centre du village ; les Bidirlidibis la firent disparaître sous les tartes au citron,
les biscuits à la cannelle, les brioches au sucre, et les tartelettes aux fruits. Les gobelets se remplirent de citronnade,
et Smarf fit le pitre pour amuser ses amis. Il décrivit le vilain Mozor.
- Il a de gros sourcils, de grandes oreilles,
et un nez tellement long qu'il doit parfois marcher dessus.
Pendant qu'Anaë et Bopy oubliaient, un court instant, leurs ennuis, le roi Tomix arrivait en vue d'une nouvelle planète…

"Cette fois-ci, j'aurai peut-être plus de chance, voici quelques habitants. Allons-y sans perdre une minute !"
Le père d'Anaë s'approcha :
- Bonjour ! Je suis Tomix, roi de la planète des Fleurs. Je cherche ma fill...
Tomix s'interrompit. Les habitants tenaient de grands mouchoirs humides dans leurs mains, et de leurs yeux rougis, coulaient
de grosses larmes.
- Oh, excusez-moi, dit-il aussitôt, j'ignorais que les habitants de cette planète étaient plongés dans un terrible malheur.
Je pars sans vous déranger plus longtemps.
Mais l'un des personnages lui fit signe de rester :
- Hélas, monsieur. Vous vous trouvez sur la planète du Désespoir !
Et trois ou quatre personnes éclatèrent en sanglots, pendant que d'autres se mouchaient bruyamment.
Tomix crut d'abord qu'il avait mal compris. Un endroit comme celui-ci ne pouvait pas exister ?
- Vous ne cessez donc jamais de pleurer ? demanda t-il, interloqué.
Avant de répondre, le personnage tordit son mouchoir entre ses mains pour l'essorer et une petite flaque d'eau se forma
à ses pieds :
- Hélas non, mon bon monsieur. Tous les jours de la semaine, tout au long de l'année.
- Oh ! fit Tomix qui n'en croyait pas oreilles.
- Mais, continua le personnage, peut-être pourriez-vous nous venir en aide ?
- J'en serais ravi, assura Tomix qui était un homme charmant. Que dois-je faire ?
- Connaissez-vous une histoire drôle ?
Tomix se dit que c'était bien la chose la plus extravagante qu'on lui avait jamais demandé, mais il eut pitié de
ces pauvres gens et il chercha :
- Ma fille m'a raconté quelque chose qui pourrait convenir. Comment était-ce déjà...?
Voyant que les personnages attendaient, Tomix toussa légèrement pour s'éclaircir la voix puis il plaça son index
bien droit devant son nez :
- Qu'est-ce que vous voyez ?
Le personnage hésita :
- Euh...Un doigt ?
- Ah, dit Tomix, alors je suis bien caché !
Puis il attendit la réaction des personnages qui se regardèrent, cessèrent de renifler, et soudain éclatèrent de rire
en jetant leurs mouchoirs en l'air.
"HO HO HO!" faisaient certains.
"HA HA HA !" répondaient les autres.
"HI HI HI !" s'esclaffaient les derniers.
Plusieurs se roulèrent sur le sol en riant à gorge déployée !
Tomix se dit qu'il était temps pour lui de repartir, mais à l'instant où il remontait dans sa soucoupe, un personnage
lui cria :
- Hi hi ! Désormais ce sera la planète Désopilante. Ho ho ! Votre fille n'est pas venue chez nous.
Ha ha ! Adieu et merci pour tout !

Sur la grande table des Bidirlidibis, il ne restait plus que des assiettes vides et des miettes de gâteaux.
Babs proposa à Bopy et Anaë de retourner à la clairière pour récupérer leur engin spatial.
- Mozor aura perdu patience, et il sera reparti. Je suis certain que vous ne risquez plus rien.
Hélas le Bidirlidibi se trompait : le vaisseau de Mozor était toujours là. En tendant l'oreille, on pouvait même entendre
des coups de marteau qui provenaient de l'intérieur du vaisseau.
- Tu crois qu'il fait des gâteaux ? demanda Timy à Smarf en ouvrant des yeux inquiets.
- Chuuut ! fit aussitôt Babs en voyant Smarf prêt à éclater de rire.
Le Bidirlidibi mal élevé se mit à glousser en
se plaquant les deux mains devant la bouche ; ce n'était pas facile d'avoir un fou rire silencieux.
- Allons jusqu'à l'engin spatial, décida Babs. Timy ! Tu montes la garde. Si Mozor montre le bout de son gros nez,
tu siffles trois fois pour nous avertir.
Dès qu'il fut arrivé près de la cacahuète volante, Bopy grimpa à l'intérieur et il poussa aussitôt un cri de désespoir.
- Quoi ! Que se passe t-il ? demandèrent ensemble Anaë et les deux Bidirlidibis.
- Mozor a arraché les fils de contact, expliqua Bopy. On ne peut plus décoller !
- Qu'est-ce qu'on fait ? interrogea Smarf en grattant sa large tête en peluche.
- Il faut réparer, tout simplement ! répondit Babs. Peux-tu raccorder les fils, Bopy ?
- Je ne sais pas, dit le robot, je vais essayer.
Et il plongea sous le tableau de bord, rattachant le rouge avec le rouge, le jaune avec le jaune, le vert...
Plusieurs minutes s'étaient déjà écoulées lorsque Timy les rejoignit, en courant de toute la vitesse de ses petites jambes.
- Timy ! s'exclama Babs en l'apercevant. Mais tu devais monter la garde !
- Mozor revient ! s'écria le Bidirlidibi qui ajouta : Je ne sais pas siffler !
"Ohoooo ! Sauve-qui-peut !"
D'un bond, Bopy fut en bas de la cacahuète volante, et tous nos petits amis s'enfuirent.
Ils ne cessèrent de courir que lorsqu'ils furent de retour au village des Bidirlidibis.
- Quelle dommage ! dit Bopy. J'avais presque fini.
- Alors tout est perdu ! se lamenta la pauvre Anaë. Nous ne retournerons plus jamais sur la planète des Fleurs.
Devant le chagrin de la fillette, Bopy prit une décision aussi terrible que courageuse.
- Je vais me rendre à Mozor,
décida-t-il. C'est la seule solution.
- Ce n'est pas juste, Bopy, s'écria Anaë en se jetant au cou de son robot. Par ma faute, tu risques de perdre la vie.
Timy et Smarf étaient si émus qu'ils attrapaient déjà leurs mouchoirs à carreaux, quand Babs poussa un cri de colère :
- Il n'est pas question de laisser gagner ce voleur de robots ! déclara-t-il. Nous
allons lui déclarer la guerre.
"Oohh !" firent les Bidirlidibis en ouvrant de grands yeux étonnés.
- Et comment va-t-on s'y prendre ? interrogea Smarf. Je serai curieux de connaître ton plan. Car tu as bien un plan ?
- Euh... Oui, enfin presque, bafouilla Babs.
Bopy se demanda comment tout cela allait finir. Il pensa, très fort, à sa planète des Fleurs, et il poussa
un gros soupir.
- Je dois trouver le moyen d'éloigner Mozor quelques minutes, expliqua le Bidirlidibi. Je dois trouver le moyen, je dois
trouver, je dois...
Et il se mit à marcher, la tête penchée vers l'avant, les yeux fixés sur le sol, ses petites mains à trois doigts
croisées dans son dos.
- Ouh la, gémit Timy en secouant sa grosse tête, la dernière fois qu'il a réfléchi, cela a duré longtemps.
- Oh oui, confirma Smarf, tellement longtemps... qu'on a failli manquer de gâteaux. Viens, Bopy ! Tu m'aideras pour
les babas au rhum.
- Et toi, Anaë, dit Timy, tu veux bien faire les meringues avec moi ?
Et tandis que Smarf et Timy emmenaient leurs amis dans leur maison pour se plonger dans le grand livre à pâtisserie,
Babs réfléchissait, réfléchissait...
L'après-midi était déjà bien avancé lorsque soudain Babs poussa un cri de victoire :
- Ca y est ! J'ai trouvé. Smarf va se déguiser en robot. Il entraînera Mozor sur une fausse piste, et pendant ce temps
Bopy pourra faire décoller la cacahuète.
Smarf engloutit deux choux au chocolat avant de dire :
- Si le voleur ne voit pas Anaë, il risque de soupçonner
quelque chose, et ton plan tombera à l'eau.
- Eh bien, répondit Babs, il suffit qu'un Bidirlidibi joue le rôle d'Anaë. Et le tour sera joué.
A la seconde même, tous les regards se portèrent sur Timy qui ouvrit de grands yeux effarés :
- Non-non, protesta t-il. Je n'aurai jamais le courage de faire une chose pareille.
- Mais si, affirma Babs en lui mettant des petites tapes d'encouragement dans le dos. Tu verras, c'est facile. Il suffit
de ne pas y penser. Maintenant, il n'y a plus qu'à mettre au point les petits détails, et on passe à l'attaque !
Hourra ! s'écrièrent en chœur les Bidirlidibis.
Mozor commençait à perdre patience. Non seulement, le robot n'était pas réapparu mais cette petite planète
paraissait déserte.
"Ho ! fit Mozor en se parlant encore à lui-même, c'est sûrement mieux ainsi. Je me souviens
avoir rencontré les habitants de la planète du Désespoir, ils étaient si tristes que j'ai failli me mettre à pleurer.
Quel affreux souvenir !"
Soudain, il y eut un cliquetis métallique. Le voleur tourna la tête, et distingua dans les buissons, une petite silhouette
vêtue de pétales de marguerite.
"Le robot et la fillette, pensa Mozor. Ils sont cachés dans les hautes herbes. Vite, attrapons-les !"
Il fonça vers les buissons, mais les deux ombres avaient déjà disparu. Mozor se lança à leur poursuite.
Dissimulé derrière un arbre, Babs avait observé toute la scène. Il se dépêcha de rejoindre Anaë et Bopy, et leur confirma
que son plan avait bien fonctionné. Le robot venait de raccorder les derniers fils dans la cacahuète volante ; il mit
le contact, et les moteurs démarrèrent. Avant que l'engin spatial ne reparte, Anaë déposa un gros baiser sur la joue
du Bidirlidibi :
- Au revoir Babs ! Tu diras aux Bidirlidibis que je les aime !
- Un grand merci à tous ! ajouta le robot.
Lentement, le petit engin spatial s'éleva dans les airs, et s'éloigna.
Sans perdre de temps, Babs courut jusqu'au vaisseau de Mozor ; il ouvrit une petite trappe placée sous le ventre de
l'appareil, et se livra à un rapide bricolage. Ensuite il se cacha dans les hautes herbes et attendit… Pas longtemps.
Mozor était en train de pourchasser les Bidirlidibis déguisés lorsqu'il avait entendu le bruit de la
cacahuète volante.
"Si je poursuis le robot et la petite fille, alors qui fait décoller l'engin spatial ?" s'était
demandé le voleur.
Mozor avait aussitôt fait demi-tour et il était revenu sur ses pas. En voyant la cacahuète
volante s'éloigner, il poussa un cri de colère, se précipita dans son vaisseau et décolla dans un nuage
de poussière.
Timy et Smarf s'étaient arrêtés de courir ; Mozor ne les poursuivait plus !
- Il a compris que c'était un piège, s'écria Timy. Il va rattraper nos amis. Retournons à la clairière !
Ils arrivèrent juste à temps pour apercevoir le vaisseau de Mozor filer derrière le petit engin spatial.
- Ton plan n'a pas fonctionné, Babs ! crièrent-t-ils en chœur en retrouvant leur ami. C'est terrible ! Mozor va
capturer Bopy.
- Il faudrait d'abord qu'il l'attrape, répondit le Bidirlidibi avec un sourire malicieux.
Il ouvrit sa petite main
à trois doigts, et montra une poignée de fils électriques :
- Il n'y a pas que le robot qui soit doué pour le bricolage.
Et soudain, dans le ciel, on vit le gros vaisseau de Mozor se mettre à zigzaguer, à droite, à gauche, à droite…
Puis le vaisseau se retourna sur le dos et il poursuivit ainsi sa route.
- Ho ho ho ! s'esclaffèrent Smarf et Babs. Mozor aura mal au cœur. Hi hi hi !
Mais à côté d'eux, Timy ne riait pas. Le Bidirlidibi contemplait le ciel vide et deux grosses larmes coulaient sur ses joues.
- Au revoir, jolie Anaë ! Au revoir, Bopy ! Revenez vite nous voir ! Vous allez tellement nous manquer.

A force d'errer de planète en planète, le roi Tomix commençait à perdre courage :
- Ces endroits sont si étranges, soupira-t-il. Jamais je ne retrouverai ma fille adorée.
Il posa, une nouvelle fois, sa soucoupe, et jeta un regard inquiet autour de lui. Au premier abord, tout paraissait
normal. Les rues étaient bordées de jolies maisons avec des rideaux de dentelle aux fenêtres, et les habitants allaient
et venaient tranquillement.
Après une courte hésitation, Tomix décida de s'adresser à l'un d'eux. Il salua un monsieur
vêtu d'un élégant costume bleu :
- Bonjour. Mon nom est Tomix, je viens de la planète des Fleurs.
Très poliment, le monsieur en bleu lui rendit son salut :
- Bonjour monsieur !
Pendant ce temps, un autre personnage vêtu de gris s'était approché.
- Bonjour monsieur ! dit-il à son tour.
Un troisième, en habit beige, les rejoignit.
- Bonjour monsieur.
Encouragé par un accueil aussi chaleureux, Tomix poursuivit :
- Ma fille Anaë et son robot se sont égarés dans
l'espace. Peut-être les avez-vous vus sur votre planète ?
- Non, répondit l'homme en bleu, et j'en suis vraiment désolé.
- Non, fit à son tour celui en gris, et j'en suis vraiment désolé.
- Non, dit enfin celui en beige, et j'en suis vraiment désolé.
- Alors, vous avez aperçu leur engin spatial ? Il a la forme d'une cacahuète…
- Une cacahuète ? Quelle chose bizarre ! Je n'ai rien vu de tel, répondit l'homme en bleu.
- Une cacahuète ? Quelle chose bizarre ! Je n'ai rien vu de tel, fit celui en gris.
- Une cacahuète ? Quelle chose bizarre ! Je n'ai rien vu de tel, dit celui en beige.
Tomix poussa un gros soupir et leur demanda :
- Pouvez-vous me dire comment se nomme cette planète ?
- Bien sûr, c'est la planète des échos ! répondit l'homme en bleu.
- Bien sûr, c'est la planète des échos ! fit celui en gris.
- Bien sûr, c'est la planète des échos ! dit celui en beige.
Mais Tomix n'écoutait plus, il se hâtait vers sa soucoupe.
Avant de repartir, il cria quand même " Au revoir " aux
habitants, mais il était déjà loin lorsque ceux-ci lui répondirent :
Au revoir ! Au revoir ! Au revoir !
Tomix quitta la planète des Echos, le cœur serré par l'angoisse. Il désespérait de jamais revoir sa fille lorsque
soudain une cacahuète volante surgit du fin fond de l'espace. C'est avec un grand bonheur que le roi reconnut sa fille
adorée et Bopy. Après leur avoir fait de grands signes de joie, il les escorta jusqu'à la planète des Fleurs.
Anaë demanda mille fois pardon à son père et promit de ne plus jamais lui désobéir. Quand à Bopy, il fut très heureux
d'être revenu chez lui sans avoir perdu ses boulons et ses vis.
Et les Bidirlidibis ? Anaë et Bopy ne les oublient pas. Ils retourneront leur rendre une petite visite un jour
prochain et Tomix les accompagnera. Il adore les gâteaux.

- Aglaë ! Tu veux bien sortir du grenier ? Tante Clotilde est arrivée !
Aglaë ouvrit les yeux et réalisa que tout ceci n'avait été qu'un rêve ! Elle eut beau chercher autour d'elle,
il n'y avait ni voleur de robot, ni Bidirlidibis. Toujours suivie par son chat, elle redescendit l'escalier. Tante Clotilde
l'attendait au bas des marches et, Oh ! Surprise ! elle tenait dans ses bras un énorme chat roux à longs poils.
- Tante Clotilde n'est pas allergique aux chats, ma chérie, s'empressa d'expliquer la maman d'Aglaë. Je suis désolée
mais j'avais confondu avec Tante Amélie.
- Ma petite Aglaë ! fit la tante avec un large sourire. Je suis sûre que nous allons passer, toutes les deux, de bonnes
vacances.
- Oui, moi aussi, répondit Aglaë, puis désignant le gros matou, elle demanda :
- Comment s'appelle-t-il ?
- Tu verras, c'est un amour de chat et je suis certaine qu'il s'entendra à merveille avec Bopy. Son nom est Mozor !
Aglaë resta la bouche ouverte ; ses yeux agrandis d'horreur ne quittaient pas l'énorme monstre roux.
Soudain, elle
se rua dans les escaliers en hurlant :
- Bopy, sauve-toi ! Le voleur de robots est de retour. On remonte dans
la cacahuète volante et on repart chez les Bidirlidibis !
Et tandis qu'elle disparaissait à nouveau dans le grenier, la maman d'Aglaë et le papa échangèrent un regard résigné.
Puis ils se tournèrent vers la tante Clotilde et la rassurèrent :
- Vous verrez, Clotilde, Aglaé a beaucoup d'imagination mais c'est une enfant vraiment, oui, vraiment adorable.
Pauvre Tante Clotilde ! Elle va passer de drôles de vacances, vous ne croyez pas ?
