Agrippé à la poignée de son vieux parapluie, Monsieur Ernest progressait à petits pas sur le pavé glissant.
Depuis le matin, le ciel déversait un déluge - un véritable temps de saison - et les gouttes de pluie s'écrasaient
sur la toile noire avec des craquements sinistres. Comme si cela ne suffisait pas, les flaques transformaient
le trajet en parcours du combattant et, malgré toutes ses précautions, monsieur Ernest ne pouvait éviter à ses chaussures,
fraîchement cirées, de plonger de temps à autre dans la boue. Ce qui mettait monsieur Ernest d'humeur morose.
N'accordant aucune attention aux passants qui croisaient son chemin, il gardait la tête baissée,
le regard accroché au sol. Après avoir contourné la place des Lilas, il s'engagea sur le passage piétonnier, franchit
le grand boulevard, puis bifurqua à gauche et remonta une étroite ruelle. Enfin, il parvint devant un imposant bâtiment
en briques rouges dans lequel il s'engouffra.
Monsieur Ernest travaillait, depuis près de trente ans, dans la plus prestigieuse usine de jouets de toute la région,
celle des frères Dufour. On y fabriquait, à longueur d'années, d'adorables ours en peluche, des pantins colorés et
des poupées qui ressemblaient, à s'y méprendre, à des petites filles.
Monsieur Ernest grimpa un vieil escalier jusqu'au premier étage et traversa la moitié du couloir avant de s'arrêter
devant une porte qui portait l'inscription "Emballages" inscrite en grosses lettres noires sur un panneau blanc.
C'est là que monsieur Ernest exerçait, jour après jour, sa profession.
Il poussa la porte et se retrouva dans un minuscule réduit qui lui servait de vestiaire. Il
déposa son parapluie, enleva son imperméable trempé qu'il accrocha à la patère et enfila sa
longue blouse grise d'employé modèle.
Un coup d'œil jeté à sa montre lui indiqua qu'il était huit heures moins trois.
Monsieur Ernest attendit.
Au rez-de-chaussée, les ouvrières étaient en train de prendre place devant leurs machines à coudre ; monsieur Ernest
pouvait entendre leurs voix, les chaises que l'on tirait et les machines que l'on mettait en marche.
Cette multitude s'affairait à longueur de journée devant de larges tréteaux, le regard attentif, le dos courbé sur les jouets,
les doigts maniant avec habileté l'aiguille et les ciseaux. Sous leurs mains expertes, des ours en peluche prenaient vie,
ainsi que des Pierrot rêveurs, des Colombine délicates et des Arlequin espiègles.
Pourtant l'atelier le plus surprenant se révélait être, sans conteste, celui des poupées. On y découvrait de longues rangées
de têtes en porcelaine, des corps, des bras, des jambes qui attendaient leur assemblage.
Ensuite, ces "demoiselles" passaient entre les mains des couturières qui leur cousaient des robes magnifiques
en les agrémentant de rubans de satin, de cols de dentelle, de boutons de nacre ou de ceintures brodées qu'elles
trouvaient, à leur disposition, dans des corbeilles en osier.
Puis, les poupées terminaient entre les mains expertes d'un coiffeur qui s'efforçait de les doter d'une véritable
personnalité.
La réputation de l'usine de jouets des frères Dufour était telle que les gens accouraient de tout le pays pour visiter
les ateliers ; des familles entières s'y pressaient, accompagnées de leurs charmants bambins et futurs clients des frères
Dufour. Et tous repartaient, émerveillés, et convaincus d'avoir découvert l'un des secrets du père Noël.
L'oeil rivé sur sa montre, Monsieur Ernest attendait toujours. La grande aiguille glissa sur le chiffre douze,
la sonnerie retentit d'un bout à l'autre du bâtiment... Le travail pouvait commencer.
Monsieur Ernest prit une profonde inspiration et entra dans le local attenant au vestiaire.
La pièce n'était pas grande ;
il y avait une lampe jaune suspendue au plafond et les murs, grisâtres, laissaient supposer qu'ils n'avaient pas été repeints
depuis longtemps. L'un d'eux était percé de deux petites fenêtres qui donnaient sur la cour intérieure de l'usine et sur
les camions de livraison qui venaient charger leurs précieux colis.
Le regard de monsieur Ernest chercha du côté opposé, vers une large table adossée contre un mur. Elles étaient là,
sagement assises depuis qu'une employée les avait apportées, la veille, à l'instant où la sonnerie indiquait la fin
de la journée.
Elles n'avaient pas bougé. Elles l'attendaient, il en était persuadé.
Monsieur Ernest essaya de se souvenir du jour précis où tout avait commencé... Un mercredi ! Oui, il venait de reprendre
son poste après quelques jours d'arrêt, "pour surmenage" avait dit le médecin en lui conseillant de se modérer
à l'avenir. Elle avait des cheveux blonds plutôt courts et une robe rose. Jamais il n'oublierait son rire, un rire
stupide qui résonnait encore dans sa tête.
Monsieur Ernest jeta un regard inquiet aux deux visages de porcelaine figés, puis, à contrecoeur, il alla prendre un
luxueux coffret recouvert de velours bordeaux qu'il déposa, devant lui, sur la table. Ensuite, avec des gestes précautionneux,
il plaça l'une des poupées dans la boîte sur un fond de satin ivoire.
A l'instant où il s'emparait du couvercle, une voix de
crécelle le houspilla :
- Ernest, stupide maladroit ! Tu as chiffonné ma robe avec tes vilaines mains !
- Non, c'est faux, je n'ai rien fait, protesta Ernest.
- Stupide ! Stupide ! répéta la poupée.
Le pauvre homme plaqua le couvercle sur la boîte et la voix se tut.
Ernest resta tout tremblant.
Maudites poupées ! Pourquoi s'en prenaient-elles ainsi à lui ?
- Bonjour monsieur Ernest. Ca va ce matin ?
Ernest ne put s'empêcher de sursauter. Cette madame Grabont ! Elle ne saurait donc jamais frapper aux portes avant d'entrer.
Debout à quelques pas de lui, elle le dévisageait avec insistance et il se sentit agacé. Depuis combien de temps était-elle
dans son dos à l'épier?
- Que venez-vous faire ici ? lui demanda-t-il en essayant d'avoir une voix calme.
- Vous donner la liste des livraisons à faire, comme d'habitude monsieur Ernest, lui répondit-elle. Il y a cinq poupées en
commande et monsieur Dufour, l'aîné des frères, insiste pour que tout soit fait aujourd'hui.
Elle ajouta avant de lui lancer :
- Vous êtes sûr que vous allez bien ? Je vous trouve un peu pâle, j'espère que vous n'allez pas nous refaire du surmenage ?
"Vieille sorcière ! pensa monsieur Ernest. Toujours en train de chercher des ragots à colporter."
Madame Grabont n'insista pas - monsieur Ernest la regardait d'un oeil noir - elle déposa la liste sur la table et repartit.
Elle descendit quatre à quatre les marches et regagna le secrétariat où madame Michau l'attendait avec impatience.
Madame Grabont se précipita vers sa collègue.
- Il a recommencé !
- Non ! s'écria madame Michau, horrifiée. C'est à peine croyable.
- C'est comme je vous le dis, insista madame Grabont. Je me suis approchée derrière la porte sur la pointe des pieds,
sans faire de bruit... Je ne voulais pas risquer de le déranger en plein travail, bien entendu.
- Cette délicatesse est tout à votre honneur, madame Grabont. Et alors... Que s'est-il passé ?
- J'ai collé mon oreille pour écouter, continua madame Grabont qui adorait faire durer le suspense.
- Et alors ? répéta sa collègue.
Madame Grabont roula des yeux terribles, puis elle lâcha :
- Je l'ai entendu !
- Quelle horreur !
Madame Grabont acquiesça.
- Vous avez pu comprendre ce qu'il leur disait... aux poupées ? demanda madame Michau.
Madame Grabont posa deux tasses de café sur le bureau et sa collègue ouvrit une boîte en carton remplie de petits fours.
C'était l'heure de la pause.
- Il disait "il fait beau, c'est l'été" ou bien "il fait chaud, je me suis baigné."
- Quelle drôle de conversation ! s'étonna madame Michau tout en laissant tomber huit morceaux de sucre dans sa tasse.
Ce n'est pas l'été. Il fait même si froid que j'ai enfilé deux pulls l'un par-dessus l'autre ce matin. C'est affreux !
- Ouiche, chest achreux, répéta madame Grabont, la bouche remplie de chou à la crème.
Madame Michau réfléchit quelques secondes puis elle suggéra :
- On devrait en parler à quelqu'un, vous ne croyez pas ?
Madame Grabont faillit s'étrangler avec son gâteau.
- Réfléchissez donc avant de dire une chose pareille, Hildegarde ! gronda-t-elle. Si nous le dénonçons, deux infirmiers
viendront lui passer une camisole de force pour aller l'enfermer chez les secoués du bocal. Et c'est nous que l'on montrera
du doigt ! Non, non, il vaut mieux ne rien dire, après tout, il finira bien par se calmer.
Hildegarde Michau demeura songeuse. Cela faisait des semaines que cela durait et il n'y avait aucune raison pour
que cela s'arrête.
- Vous m'avez bien dit qu'il n'était pas marié ? questionna soudain madame Grabont.
Madame Michau acquiesça d'un signe de tête. Elle s'était informée, très discrètement,
auprès de certains employés de l'usine qui lui avaient affirmé que monsieur Ernest était un vieux garçon.
Madame Grabont secoua la tête, d'un air désolé. Voilà où mène le célibat !
En tout cas, ce genre de chose ne risquait
pas d'arriver aux heureux époux Grabont et Michau. S'ils avaient envie de discuter - du temps qu'il faisait ou des
carottes qui avaient du mal à pousser dans le jardin - il leur suffisait de se tourner vers leurs tendres épouses,
toujours prêtes à les écouter.
Un homme qui parle à des poupées ! A-t-on jamais vu pareille chose ?
Pendant ce temps, trois nouvelles poupées venaient d'arriver dans le local de Monsieur Ernest. Trois merveilles portant
une robe en velours marine, agrémentée d'un col en dentelle pour la première, un tailleur en cachemire beige sur un
corsage de soie rouge pour la deuxième et une robe de bal en organdi blanc sur un fond rose indien pour la dernière.
Sitôt qu'elles se trouvèrent seules avec lui, les poupées se mirent à chantonner doucement :
Monsieur Ernest... N'aime pas les pestes... Car les poupées le rendent fou à lier !
Et elles éclatèrent d'un rire méchant qui ne finissait pas.
Ernest ne put en supporter davantage ; il se réfugia dans le vestiaire et se laissant tomber sur une chaise,
il se prit la tête entre les mains.
Maudites poupées ! Non seulement, elles lui gâchaient ses jours mais elles
hantaient aussi ses nuits. Ce pauvre Ernest, d'habitude si paisible, avait désormais des envies de meurtre.
Assassiner les poupées ! Ce rêve revenait toutes les nuits, le taraudait jusqu'à l'obsession. Quel bonheur ce
serait de pouvoir leur arracher leurs yeux de fouine pour les écraser à coups de talons. Ernest s'imaginait en train
d'éclater leurs ravissants visages de porcelaine contre le mur ou encore de les démembrer... Un bras par ci,
une jambe par là.
Il fallut du temps avant qu'il ne retrouve assez de courage pour
reprendre son travail. Le front couvert de transpiration, il prit la première poupée et la déposa dans une boîte en
s'efforçant de ne pas voir le sourire niais que la chipie lui adressait. Le couvercle fermé, il emballa le tout
dans un papier gaufré bleu et blanc et il termina par un large ruban qu'il noua jusqu'à l'obtention d'un superbe noeud.
Quant il eut fini son coeur cognait si fort qu'il semblait vouloir sortir de sa poitrine. Et il en restait encore deux.
En fin de soirée, quatre poupées arrivèrent dans le petit local de Ernest et l'une d'elles était particulièrement réussie ;
il suffisait de voir son visage d'ange encadré de longs cheveux auburn retombant sur une robe en taffetas violine.
Oui, les ouvrières s'étaient surpassées. D'ailleurs, en y regardant de plus près le regard d'émeraude paraissait si
réel qu'on aurait cru y déceler une étincelle de vie.
Ernest éprouva une sensation de malaise. La journée avait été difficile, il avait besoin de repos et puis la sirène
sonnait.
Abandonnant les demoiselles de porcelaine sur la table, Ernest quitta la pièce pour repasser au vestiaire.
Il y eut le bruit des portes qui claquent, le brouhaha des employés qui quittent les ateliers. Monsieur Ernest rentra
chez lui.
Vers quatre heures du matin, le gardien de nuit sortit de sa loge en bâillant ; il était temps, pour lui, d'effectuer
sa troisième et dernière ronde. Ensuite, il pourrait aller se coucher tandis que la ville, tout entière, serait en
train de s'éveiller.
Une lampe-torche à la main, il traversa les ateliers déserts du rez-de-chaussée, faisant raisonner sur le carrelage
ses lourdes chaussures. Un voleur, qui aurait eu l'idée saugrenue de venir voler des ours en peluche, aurait ainsi
eu largement le loisir de s'esquiver avant l'arrivée de l'importun.
Parvenu à l'autre bout du long bâtiment, le gardien emprunta l'escalier et monta à
l'étage ; il venait d'y parvenir, un peu essouflé, lorsqu'un bruit insolite lui fit tendre l'oreille. On aurait dit
des petits cris aigus, à moins que... mais oui, bien sûr : cela ne pouvait être que des souris !
Le brave homme songea que ce ne serait pas facile de dénicher ces vilaines bestioles, à moins que l'une d'entre
elles ne se faufile, en plein jour, entre les pieds d'une couturière. Avec les hurlements que celle-ci ne manquerait
pas de pousser, l'alerte serait donnée.
Et le gardien poursuivit tranquillement sa ronde.
Aux alentours de huit heures du matin, l'agitation reprit dans l'usine de jouets. Comme tous les employés,
Ernest s'apprêtait à débuter une nouvelle journée de travail, quand il eut la surprise de trouver la porte
de son local entrouverte ! Le bruit d'une discussion lui parvenant, Ernest s'avança et aperçut les frères Dufour
en compagnie du gardien de nuit et des deux commères du secrétariat.
Monsieur Ernest hésita. Il ignorait les causes d'une telle effervescence mais la sonnerie était en train de retentir.
Il décida donc de toussoter afin de faire remarquer sa présence mais il regretta son geste lorsque cinq regards réprobateurs
le foudroyèrent sur place. Puis, sans prononcer un mot, les frères Dufour, le gardien et les secrétaires se reculèrent et
Ernest découvrit l'horrible spectacle.
Sur le sol, étaient éparpillés des poignées de cheveux, des lambeaux de robes et des
débris de verre coloré, ainsi que des éclats de porcelaine qui rappelaient vaguement la forme d'un doigt ou d'une jambe de
poupée.
Ernest resta pétrifié.
- Nous attendons vos explications, Ernest, ordonna l'un des Dufour sur un ton glacial. Mais je me demande comment vous allez
pouvoir vous justifier ?
Ernest sentit son pauvre coeur s'accélérer. Il devait protester de son innocence, il le fallait absolument. Il bafouilla deux
ou trois mots, et c'est alors qu'il l'aperçut, assise sur la table et absolument intacte. Son regard d'émeraude flamboya en
rencontrant les yeux d'Ernest et une paupière se ferma en un clin d'oeil appuyé. Alors, le malheureux comprit aussitôt.
C'est elle qui avait tout manigancé, cette peste !
Mais que voulait-elle donc ? Le faire jeter à la rue et le réduire à la mendicité ?
Il pointa le doigt dans sa direction :
- C'est elle qui a fait ça, elle me déteste. Regardez ! Mais regardez-là qui sourit !
Son cri de désespoir n'eut pas l'effet escompté. Au contraire. L'un des frères Dufour s'adressa à lui avec fermeté :
- Vous allez me suivre dans mon bureau ! Immédiatement !
Mais Ernest ne pouvait en supporter davantage. Les murs se mirent à tourner autour de lui, il chancela.
- Monsieur Ernest, ça ne va pas ? demanda madame Michau.
Oh non, ça n'allait pas du tout. Ernest sentit ses jambes se dérober sous lui. Un voile noir passa devant ses yeux et il
s'effondra sur le sol.
La journée de travail se terminait à l'usine de jouets des frères Dufour et, dans les ateliers, il n'était plus question
que du préposé aux emballages. Chacun savait que ce pauvre monsieur Ernest avait été transporté au service psychiatrique de
l'hôpital afin d'y être soigné et, après ce qui s'était passé, l'on n'était sans doute pas près de le revoir.
Madame Michau et madame Grabont avaient avoué aux frères Dufour que ce drame s'était préparé sous leurs yeux mais
qu'elles n'avaient, hélas, rien pu faire pour l'empêcher de se produire.
- Nous savions que ce malheureux était perturbé, confessa madame Grabont, mais nous espérions que son bon sens reprendrait
le dessus.
Elle feignit d'essuyer une larme dans son mouchoir et, sa collègue, madame Michau prit le même air faussement navré :
- C'est vrai que ce pauvre homme nous faisait pitié. En tout cas, heureusement que le gardien a décidé de refaire une ronde
à l'étage.
- Il avait entendu claquer une porte, expliqua l'un des Dufour, et cela lui avait paru anormal.
- Quelle triste chose ! s'exclamèrent les deux commères.
Puis, après avoir poussé un gros soupir, elles se hâtèrent de regagner leur secrétariat où les attendait une pleine
boîte de petits fours.
Quelques employés remirent de l'ordre dans le local des Emballages et un nouvel employé, monsieur Roger, y fut affecté
sur le champ. Celui-ci s'empressa d'emballer la poupée demeurée intacte, afin qu'elle soit livrée, le jour même, à un
client fortuné. Et la poupée quitta l'usine.
Le chauffeur stoppa sa camionnette devant une magnifique maison bourgeoise et sonna à la porte d'entrée. Il déposa le
colis entre les mains de la bonne, reçut en échange un pourboire, puis il repartit.
A l'intérieur, la fête battait son plein.
Dans une grande pièce transformée en salle de jeux, une multitude d'enfants
sautaient et riaient sous une pluie de confettis et de serpentins. Aujourd'hui, Marie-Charlotte fêtait son dixième
anniversaire et elle avait invité tous ses amis à partager, avec elle, cette journée si importante.
Un peu plus loin, on avait déposé sur une table, dans le petit salon, un énorme gâteau nappé de crème chantilly et,
tout à côté, un empilement impressionnant de cadeaux attendaient d'être ouverts.
Ce moment arriva enfin !
Marie-Charlotte défit les rubans, déchira les papiers, ouvrit les boîtes et, les joues
cramoisies de bonheur, elle découvrit les merveilles qui lui étaient offertes. Un murmure d'envie parcourut les petites
filles quand une magnifique poupée aux cheveux auburn émergea d'un coffret.
Ravie du succès qu'elle rencontrait,
Marie-Charlotte la fit largement admirer à toutes ses amies puis elle décida d'aller la mettre en sécurité dans sa chambre.
Elle monta donc à l'étage et coucha la précieuse demoiselle de porcelaine sur son lit, à côté d'un charmant lutin, tout de
rouge vêtu, et coiffé d'un bonnet à clochette.
- Marie-Charlotte ? cria une voix. Ne fais pas attendre tes amies.
- Oui, maman. Je vais les rejoindre, répondit sagement la petite fille.
La porte se referma, il y eut un léger bruit de pas dans l'escalier.
Un rayon de soleil pénétra par la fenêtre de la chambre et illumina le papier mural décoré de fleurettes et de chatons.
Par la porte entrebâillée de l'armoire, on pouvait apercevoir des étagères remplies de jouets ; Marie-Charlotte était une
petite fille très choyée.
Sur le lit, la poupée était toujours allongée, entre les coussins de dentelle. Soudain, elle releva les paupières et
regarda tout autour d'elle. Quand elle aperçut le lutin à portée de ses mains, un sourire se dessina sur ses lèvres et une
lueur mauvaise étincela dans ses yeux.