Nuel venait de jeter de la poudre pour faire briller les étoiles lorsqu'un bruit attira soudain son attention.
C'était un fait inhabituel pour lui car il n'y avait jamais de bruit sur la Lune.
Au détour d'un cratère, il découvrit
un petit bonhomme comme il n'en avait jamais vu. Deux fois plus petit que Nuel, une tête toute ronde surmontée par deux
yeux globuleux et une antenne, et un simple rond à l'emplacement de la bouche. Pas de jambes, des pieds qui semblaient
sortir directement de son ventre, rond lui aussi, et des bras si longs qu'on pouvait confondre les mains et les pieds.
L'ensemble était d'un joli rose pâle.
- Bouhou, sanglotait le petit bonhomme, et de grosses larmes sortaient de ses yeux puis coulaient lentement sur ses joues.
A chaque fois que l'une d'elles touchait le sol, il se produisait un petit nuage de fumée accompagné d'un " Pschiiitt " et
Nuel n'avait jamais vu cela.
Il détailla d'abord le petit bonhomme de la tête aux pieds puis décida de lui parler.
- Je m'appelle Nuel, dit-il en s'avançant vers lui.
Le petit bonhomme parut si surpris en le voyant qu'il cessa de pleurer. Mais ça ne dura pas, il se mit à hurler :
- Je veux ma mamannnn !!!
Nuel vit trois nouvelles larmes couler puis trois petits nuages de fumée montèrent du sol.
- Mais où est-elle ? demanda le pantin en se tournant de tous côtés sans rien apercevoir sauf la Lune déserte.
- Elle est partie avec papa dans notre soucoupe. OUUUIN !!!
Nuel attendit patiemment que le petit bonhomme rose s'arrête pour reprendre sa respiration, et il profita de ce court
répit pour lui poser toutes les questions qui lui venaient à l'esprit :
- Quel est ton nom ? De quelle planète viens-tu ? Où sont partis tes parents ? Que fais-tu seul sur la Lune ?
- Je m'appelle Kriiibooutonkraxshkkkrrr et je suis un martien. Mes parents sont allés rendre visite à nos cousins sur Upsilon 35
et ils m'ont oublié.
Pendant que le petit bonhomme reniflait, Nuel se gratta la tête en réfléchissant, ce qui eut pour effet d'ébouriffer
ses cheveux bleus.
- Je croyais que les Martiens étaient verts ? s'étonna-t-il.
- Seulement les grands, dit Kriiibooutonkraxshkkkrrr. Moi je suis encore trop petit.
- Comment tes parents ont-ils pu t'oublier ?
- Papa a fait un arrêt pour laisser refroidir le moteur de notre soucoupe qui avait tendance à surchauffer. Maman a dit
qu'on pouvait se dégourdir les jambes, moi et mes 38 frères et sœurs, mais à condition de ne pas s'éloigner. Et j'ai désobéi.
Bouhou !!
- Ne pleure pas. Je suis certain que tes parents vont revenir te chercher.
- Upsilon 35 se trouve à l'autre bout de la galaxie, pleurnicha le petit martien.
- Si tu veux, en attendant, je vais te faire visiter la Lune, proposa gentiment Nuel. Tu verras, c'est très joli. Tu es
d'accord, Kkkrrii… euh, ça t'ennuie si je t'appelle Pompon ?
Pompon fit signe que non, et il partit, avec Nuel, faire le tour de la Lune.
Robert guettait, du coin de l'œil, son collègue Julien qui se tenait immobile depuis un certain temps déjà, l'œil
collé à l'immense télescope.
- Rien de spécial à signaler, Julien ? lui demanda-t-il en s'efforçant de ne pas laisser transparaître d'inquiétude dans
sa voix.
- Non. La nuit est tranquille, répondit Julien sans modifier sa position d'observation.
Robert aurait dû se sentir rassuré mais ce n'était pas le cas. Julien, jeune homme sympathique d'une trentaine d'années,
venait de reprendre le travail après un séjour prolongé en maison de repos pour surmenage intellectuel. Il faut dire qu'à
force d'observer la Lune, il avait fini par être l'objet d'étranges hallucinations ; en effet, Julien croyait que
l'astre lunaire était habité par un petit pantin qui faisait de la balançoire, accroché à la pointe
du croissant.
A contre-cœur, Robert finit par regagner son bureau en se disant que son malheureux collègue restait à la merci d'une
rechute, et qu'il valait mieux le garder sous surveillance rapprochée.
Dès que la porte du bureau eut claqué, Julien s'écarta du télescope, une lueur mauvaise dans les yeux. Ce maudit pantin
était toujours là avec son habit blanc et ses cheveux bleus !
Envahi par la colère, Julien serra les poings et ses pensées
se mirent à vagabonder.
"A cause de lui, j'ai dû rester de longues semaines enfermé dans cette sinistre clinique, avec
des infirmiers rouges et bleus qui me surveillaient sans cesse et qui m'obligeaient à avaler des pilules en blouse
blanche. Mais ça ne se passera pas comme ça. Oh ! non, je vais leur prouver que je ne suis pas fou."
Depuis son retour à l'Observatoire, Julien cherchait un moyen de confondre le pantin et il en était là de ses réflexions
quand un deuxième personnage apparut à l'autre bout du télescope : une chose informe, toute rose, avec de longs bras et
pas de jambes. Il y avait un deuxième extraterrestre sur la Lune !
- Ces monstres de l'espace me narguent, gronda Julien, et il eut un rire nerveux. Mais je vous aurai, vous m'entendez ?
Je vous aurai !
- Bouhou, J'AI FAIM !!!
"Ca y est ! c'est reparti", soupira Nuel quand Pompon se remit à hurler de plus belle.
Nuel ne mangeait jamais,
ce qui était tout à fait normal pour un pantin de chiffon, mais depuis qu'il était tombé sur Terre - parce qu'il
s'était trop penché pour suivre une étoile filante - il avait rencontré des êtres vivants et avait découvert
qu'ils avaient besoin de nourriture. Capucine, Tom et Rémi, ses trois amis terriens, adoraient les gâteaux,
le chocolat et les bonbons. Seulement, il n'y avait rien de tout cela sur la Lune.
- Si tu t'arrêtes de pleurer, je te promets que tu pourras manger.
L'effet fut immédiat. Il n'y eut pas de nouvelles larmes, ni de petits nuages de fumée.
Nuel emmena le martien au bord de la Lune et il lui montra la planète bleue, juste en dessous d'eux.
- Sur Terre, il y a tout ce qu'il faut. Ferme les yeux, nous serons vite arrivés.
Nuel prit Pompon dans ses bras puis il sauta dans le vide spatial. Ils tombèrent, tombèrent, tombèrent… et atterrirent
sur le toit d'une cabane construite sur un arbre majestueux. Aussitôt trois enfants jaillirent
de la cabane et grimpèrent entre les branches pour accueillir le nouvel arrivant.
- C'est Nuel ! s'écria Capucine avec un sourire enchanté car elle adorait le pantin.
- Bonjour Nuel, dirent en chœur Rémi et Tom, les frères de Capucine.
Nuel ouvrit les bras et déposa le petit martien à côté de lui.
- C'est quoi ce tas de guimauve rosâtre ? demanda Tom sans ménagement.
Tom s'exprimait toujours avec franchise ce qui lui
valait parfois des ennuis avec ses parents.
- Mais c'est un petit bonhomme ! s'extasia Capucine. Qu'il est mignon !
La petite fille adorait les poupées et les peluches qui envahissaient littéralement sa chambre.
- Tu nous expliques ? dit Rémi en s'adressant à Nuel.
Rémi était l'aîné des trois enfants et aussi le plus raisonnable.
Le pantin se débarrassa du feuillage qui était resté accroché à ses vêtements puis il raconta comment le petit martien
avait été oublié par ses parents et pourquoi il hurlait sans cesse.
- Je n'ai rien à lui donner à manger, expliqua le pantin à ses amis.
- Il a un nom ? demanda Capucine.
- Oui mais je n'arrive pas à m'en souvenir, dit Nuel. Alors, je l'ai appelé Pompon.
- Tu lui as donné le nom de notre chien ? s'étonna Rémi. Quelle drôle d'idée !
- Je n'en connais pas d'autre, fit Nuel, et c'était vrai.
- Ce n'est pas normal cette couleur rose ? fit remarquer Tom. Ton martien a peut-être attrapé un dangereux virus
galactique ?
Capucine protesta que c'était vraiment une idée saugrenue, et Pompon fut vexé :
- Quand je serai grand, je serai vert comme mes parents, répondit-il en agitant la tête d'un air mécontent.
Et son antenne
gigota comme une folle.
- Il parle ! s'émerveilla Capucine.
- Il n'a pas de jambes, dit Rémi qui étudiait le petit martien en détails. Par contre, il a de très longs bras.
- Oui et parfois, il se marche sur les mains, fit Tom qui éclata de rire : "Elle est bien bonne, non ?"
- Elle est nulle ! répondit Capucine avant de proposer que tous les cinq se retrouvent dans la cabane.
La porte à peine
refermée, Tom s'empara d'un paquet de biscuits rangé sur une petite étagère et le mit sous le nez de Pompon qui se mit
à hurler à gorge déployée :
- J'AI FAIM !!!
Les enfants et le pantin échangèrent des regards catastrophés.
- Qu'est-ce que ça mange un martien ? demanda Tom avant d'engloutir trois biscuits d'un seul coup.
- Du Truch-Truch, pleurnicha Pompon, et une grosse larme coula de ses yeux, tomba sur le plancher de la cabane et il
y eut un " pschitt ", avec un peu de fumée.
- Hé ! c'est quoi ce phénomène ? protesta Tom tandis que Rémi se mettait à quatre pattes pour observer, de plus près.
- Il y a un trou dans le plancher, expliqua-t-il en se relevant. Les larmes de ce martien sont acides.
- Et ça ressemble à quoi, le Truch-Truch ? dit Capucine.
- C'est comme ça mais en rouge, dit Pompon en désignant le pot de fleurs qui ornait le rebord de la fenêtre.
- Bravo les gars ! s'écria Tom. Et ça pousse à quel endroit le Trucmuch ? Parce que s'il se met à sangloter, notre cabane
va vite ressembler à un morceau de gruyère. Si quelqu'un a une idée de génie, c'est le moment où jamais de nous la faire
partager.
Rémi, qui était très souvent premier à l'école, se mit à réfléchir. Quelques semaines plus tôt, leur maître leur
avait fait un exposé passionnant sur l'Espace, avant d'emmener ses jeunes élèves visiter le musée de l'Observatoire.
- Il y a très longtemps de cela, il y avait beaucoup d'eau sur Mars, et toutes sortes de plantes poussaient au fond des
rivières. Les robots explorateurs ont ramené de grandes quantités d'une espèce d'algue rouge et, quand nous avons visité
le musée avec notre instituteur, j'en ai aperçu dans de gros bocaux en verre.
- Et tu crois qu'ils vont nous laisser entrer pour voler leur Truchmuch ? dit Tom qui se mit à secouer le paquet pour
récupérer les derniers gâteaux coincés au fond.
- Nous dirons au gardien que nous avons un devoir à préparer pour l'école, répondit Rémi. On se débrouillera pour prendre
un peu de Truch-Truch et le tour sera joué.
A cet instant retentit une voix venue de l'extérieur :
- Capucine, Tom, Rémi ? C'est maman !
Les enfants réagirent avec une incroyable rapidité.
Capucine avait apporté dans la cabane un couffin en osier dans
lequel dormait le magnifique poupon que sa tante Liliane lui avait offert pour son anniversaire. D'un geste vif,
la petite fille éjecta le poupon du couffin et le lança à Rémi qui le cacha derrière son dos.
La fillette coiffa Pompon du bonnet de dentelle, le coucha dans le couffin et le couvrit avec la couverture
qu'elle remonta jusqu'au menton du petit martien.
Dans le même temps, Tom coiffa Nuel d'une casquette pour
couvrir ses cheveux bleus et lui colla des lunettes de soleil pour dissimuler les yeux de verre du
pantin. Et la porte s'ouvrit.
La maman ne fut pas vraiment surprise en voyant Nuel. Dès sa première rencontre avec le pantin de la Lune, Capucine, Rémi
et Tom avaient inventé un copain de classe prénommé René dont le cousin "Nuel" venait de Norvège pour passer quelques
vacances.
- Décidément, il y a beaucoup de vacances scolaires en Norvège, s'étonna la maman. Quant à ton cousin René, je ne l'ai pas
encore croisé à la sortie de l'école.
- Bonjour madame, dit Nuel en répétant sagement ce que Capucine lui avait appris à dire en pareille circonstance. Comment
allez-vous ?
- Euh… bien, merci Nuel, répondit la maman qui n'eut pas le loisir de s'attarder davantage sur le cas du "norvégien"
car elle venait d'apercevoir un étrange bambin rose dans le couffin de Capucine.
- C'est "ça" le cadeau que tante Liliane t'a offert pour ton anniversaire ? demanda-t-elle à sa fille. On dirait
un…
La maman hésitait sur le terme à employer pour définir cette chose enfouie sous la couverture et qui avait la tête d'un
gnome, les yeux de E.T. et le sourire de la fée Carabosse.
- C'est un poupon, dit Capucine. Mes amies l'adorent, elles veulent toutes avoir le même.
- Ah, vraiment ? fit la maman. A ton âge, je préférais les jolies poupées mais les goûts changent. Je venais vous dire
que je m'absentais pour faire quelques courses. Soyez sages jusqu'à mon retour !
Et pendant qu'elle repartait vers sa maison, la maman se promit de dire à son mari que la prochaine fois que sa sœur
Liliane voudrait faire un cadeau à leur fille, elle en déniche un qui soit moins… elle chercha le mot approprié pour
définir cette horreur habillée de dentelle blanche mais ne le trouva pas.
- Elle est partie, souffla Capucine en regardant par l'entrebâillement de la porte. Vite ! Il faut qu'on soit de retour avant
elle.
La petite fille, Tom et Nuel se dirigeaient déjà vers la sortie quand Rémi les arrêta :
- Je crois qu'il vaut mieux que Pompon vienne avec nous.
Tom fit signe qu'il était d'accord avec son frère :
- On va dire au gardien que notre copain le martien avait une petite faim mais qu'on n'a pas le temps de lui expliquer parce
que la soucoupe est garée en double file devant le musée. Ca roule pour moi !
- Tom ! Maman a raison, protesta sa petite sœur, tu parles de plus en plus mal.
- Et si elle rentre avant nous et qu'elle tombe sur Pompon ? demanda Rémi. Que se passera-t-il d'après vous ?
- Je peux rester avec lui, proposa Nuel. J'expliquerai à votre maman que c'est à cause de ses parents qui l'ont oublié sur
la Lune.
- Et moi je lui dirai que la soucoupe volante va venir me chercher, poursuivit Pompon.
Tom, Rémi et Capucine dévisagèrent tour à tour Nuel et ses yeux de verre, puis Pompon qui agitait ses longs bras roses.
- On y va tous ensemble, dit Rémi.
Et Tom et Capucine furent entièrement d'accord.
Julien était encore sous le coup de l'émotion. Il ne rêvait pas, c'était bien vrai ! Le pantin et la chose rose venaient
de sauter dans le vide.
Julien réussit à les suivre un certain temps grâce au télescope puis il les perdit de vue mais pour lui, il n'y avait aucun
doute possible : non seulement les deux extraterrestres allaient se poser sur la Terre mais leur point de chute se
situerait sur le territoire national. Mais où précisément ? La question était d'importance.
Julien prit son bloc-notes et s'en servit pour effectuer de laborieux calculs.
Son cœur se mit soudain à battre comme un fou :
les monstres interplanétaires allaient atterrir dans sa région, et même dans l'agglomération où se situait l'Observatoire ;
il lui fallait absolument une carte plus détaillée.
Il se rua sur une armoire dans laquelle il dénicha un tas de cartes
empilées. Celle-ci était trop grande, celle-là trop petite, pas la bonne région, pas la bonne échelle, les montagnes,
les rivières et les cours d'eau… Non plus.
Il jeta un regard exaspéré autour de lui. Le classeur métallique contre le mur… peut-être
contenait-il la carte tant espérée. Zut ! Ce n'étaient que des dossiers, des sous-dossiers, de la paperasserie. Toujours rien.
Un tic agita
sa joue droite.
" Ma vieille carte dans ma voiture, je l'avais oubliée. Vite ! "
Julien se retourna pour foncer vers la porte et faillit heurter de plein fouet son collègue, Robert, qui contempla,
ébahi, les dizaines de cartes et de dossiers étalés pêle-mêle sur le sol.
- J'ai oublié mes cigarettes dans la voiture, jeta Julien à son collègue avant de filer.
Il fallut un certain temps à Robert avant qu'une évidence ne lui traverse l'esprit : "Mais il n'a jamais fumé !"
Tom, Rémi et Capucine avaient enfourché leurs vélos et roulaient à vive allure. Nuel était assis sur le porte-bagages
derrière Rémi, et Capucine avait installé Pompon - toujours coiffé du bonnet de dentelle - dans la sacoche à l'arrière de sa bicyclette. Bientôt les enfants mirent pied à terre devant l'entrée du musée de l'Observatoire.
Le gardien-chef fut ravi de les voir.
- Bonjour les enfants ! dit-il en leur adressant un sourire chaleureux. Oh ! Quelle jolie poupée, ajouta-t-il en découvrant
Pompon dans les bras de Capucine. Comment s'appelle-t-elle ?
- … Dorothée ! lâcha Capucine en pensant à sa cousine.
Par contre le gardien-chef parut intrigué en découvrant Nuel et ses lunettes de soleil :
- Dis-moi, jeune homme, tu dois être très célèbre pour te cacher derrière des lunettes noires ? Si tu les enlèves, je te
demanderai un autographe, d'accord ?
- Bonjour ! répondit Nuel. Comment allez-vous ?
- Notre cousin s'est cogné en tombant de vélo, expliqua Rémi. Il a un œil entouré de bleu, de vert et de jaune.
Le gardien-chef s'esclaffa :
- Tu veux dire qu'il s'est fait un sacré coquart ? Ca m'est arrivé plus d'une fois quand j'avais votre âge, moi aussi
j'adorais faire du vélo. Hélas, maintenant je ne peux plus, à cause de ces maudits rhumatismes.
- On a un devoir à faire pour l'école, dit Rémi. Combien coûtent quatre billets ?
- Vous pouvez entrer, les enfants ! Pour vous, c'est gratuit. Bon courage !
Les enfants remercièrent le gardien-chef et pénétrèrent dans le musée ; Rémi les conduisit rapidement jusqu'à la salle
consacrée à la planète Mars.
De nombreuses photos étaient accrochées sur les murs et, sur de longues tables de superbes
maquettes de fusée avaient été exposées ainsi que des robots miniature semblables à ceux qui avaient exploré le sol
martien.
- Suivez-moi, dit Rémi.
Les enfants firent d'abord semblant de s'intéresser aux photos puis, tout en se faufilant parmi les quelques visiteurs,
ils se rapprochèrent de larges bocaux en verre remplis d'une étrange plante rougeâtre.
L'un après l'autre, les visiteurs
finirent par s'en aller et il ne resta bientôt plus qu'un gardien au regard soupçonneux.
"A cet âge-là, ça fait toujours des bêtises", pensait-il sans lâcher les enfants des yeux.
Il n'avait pas tort. Quand Pompon découvrit le délicieux repas qui l'attendait, il sauta hors des bras de la petite fille
et plongea la tête la première dans le Truch-Truch.
- Pompon, veux-tu sortir de là et vite ! gronda Capucine en ouvrant des yeux effarés. Tom, Rémi, aidez-moi !
Les deux frères tentèrent de récupérer le petit martien enfoui au fond du bocal, mais Pompon était affamé et n'écoutait
plus.
- Le gardien va se fâcher, dit Capucine qui sentit ses cheveux se dresser sur sa tête à cette idée.
- Le voilà ! dit Nuel qui ne comprenait rien à cette soudaine agitation mais sentait que les choses tournaient mal.
Hélas, en effet, le gardien avait décidé d'aller voir les choses de plus près.
- Houla ! fit Tom en le voyant s'approcher. Les parents vont nous priver de dessert pendant au moins deux ans.
Quand le gardien découvrit Pompon avalant des algues rouges par poignées entières, il devint rouge de colère.
- Sortez de là ! Sinon... cria-t-il.
Mais il n'eut pas le temps de mettre sa menace à exécution. Pompon pointa sur lui un petit boîtier et un rayon vert jaillit
aussitôt. Avant que le malheureux gardien ait compris ce qui lui arrivait, il se retrouva bâillonné et ficelé par le rayon,
puis il quitta le sol pour s'envoler jusqu'au plafond.
- Il est "grave" ce martien ! s'exclama Tom, médusé.
- Tu as raison, dit Rémi. Je crois qu'on devrait déguerpir sinon on va avoir de gros ennuis.
- Pompon, Tu devrais avoir honte ! s'écria Capucine.
Mais le petit martien était en train de se frotter le ventre de bonheur, un sourire ravi sur sa tête ronde. Tous les bocaux
étaient vides.
- Quand je pense que c'est moi qu'on traite de mal élevé, fit remarquer Tom. Il a encore un peu de mousse au coin de
la bouche.
- Vite, regagnons la sortie, ordonna Rémi.
Par chance, quand les enfants arrivèrent à la porte d'entrée, le gardien-chef était très
occupé à renseigner des touristes étrangers.
Les enfants enfourchaient déjà leurs vélos lorsque Nuel s'inquiéta du sort du malheureux gardien :
- Il va rester collé au plafond ?
- On a oublié le gardien ! dit Rémi. Pompon, tu dois le faire redescendre tout de suite.
Le petit martien reprit le boîtier et appuya sur un bouton lumineux. La lumière s'éteignit.
- C'est fait, dit-il simplement.
Et quelque part dans le musée, le malheureux gardien retrouva brutalement le contact avec le sol.
Tom fut pris d'un terrible
fou rire en imaginant la scène :
- A partir d'aujourd'hui, il sera incollable sur la planète Mars.
Tandis que les enfants pédalaient sur leurs bicyclettes pour regagner leur cabane, Julien remontait dans sa voiture ;
il n'avait pas retrouvé sa vieille carte détaillée de l'agglomération aussi s'était-il précipité dans un magasin pour
en acheter une neuve.
Il était en route pour l'Observatoire quand il aperçut une voiture de police et une ambulance
arrêtées devant le musée. Mû par un pressentiment, il se précipita. Des infirmiers étaient en train de faire une piqûre
à un gardien étendu sur une civière pendant que le gardien-chef, l'air effondré, racontait aux policiers ce qui
venait de se produire.
Julien s'approcha et tendit l'oreille.
- C'est terrible, disait le gardien-chef. Il semblait en bonne santé, rien ne laissait prévoir une chose pareille.
L'un des policiers acquiesça, puis il se mit à relire sur son calepin les quelques notes qu'il avait prises :
- Donc, vous dites qu'il s'est précipité vers vous en disant qu'un extraterrestre rose l'avait foudroyé
à l'aide d'un rayon laser. Et qu'ensuite le monstre s'était enfui après avoir pris des enfants en otages.
- Oui, c'est bien ça, confirma le gardien-chef. Et aussi qu'il s'était envolé jusqu'au plafond, il m'a même montré un hématome
sur son bras gauche. Vous vous rendez compte ?
- Vous savez, dit le policier en baissant la voix pour ne pas être entendu par la foule des curieux, tous ces machins qui sont
dans votre musée, ça doit être bourré de virus martiens ou de microbes galactiques. Ce qui arrive à votre collègue, ça
devrait être reconnu "maladie professionnelle". En tout cas, c'est ce que je pense.
Le gardien-chef roula des yeux effarés :
- Quelle horreur ! Quand il me disait qu'il aurait adoré vivre sur Mars, je croyais qu'il plaisantait. Vous pensez que c'était
les premiers symptômes ?
Un peu à l'écart, les infirmiers discutaient football en attendant le feu vert de la police pour emmener
le "malade" à l'hôpital.
Julien en profita pour s'approcher du malheureux gardien et lui poser quelques questions :
- Est-ce qu'il a volé quelque chose, votre extraterrestre ?
A moitié endormi par la piqûre qui commençait à faire de l'effet, le gardien murmura :
- Il a mangé toute la mousse des martiens.
- Il était petit et rose, c'est bien ça ? demanda Julien.
- Oui. Vous l'avez vu aussi ? dit le gardien, ravi.
- Oui, dit Julien. Mais il n'était pas seul. A quoi ressemblaient les autres ?
- Une fille et trois garçons. L'un d'entre eux portait des lunettes de soleil, j'ai trouvé ça bizarre mais je… je…
La piqûre venait de faire effet, le gardien s'était endormi ; quelques minutes plus tard, l'ambulance s'éloigna toutes
sirènes hurlantes.
La première chose que fit Julien quand il eut regagné l'Observatoire fut de vérifier ses calculs ; les extraterrestres
s'étaient posés à proximité de l'Observatoire, c'était certain. L'astronome régla le télescope en direction de la Lune,
puis il attendit.
Tom et Rémi allèrent chercher leur trampoline dans l'abri de jardin et revinrent l'installer sous une haute branche
de leur arbre. Pompon ne devait pas manquer la soucoupe de ses parents, il ne pouvait donc pas s'attarder davantage,
mais il promit aux enfants de revenir les voir bientôt.
Nuel le prit dans ses bras et sauta depuis la branche sur le
trampoline. Cela leur donna de l'élan et ils remontèrent vers la Lune.
Ils venaient à peine d'arriver que Pompon découvrit ses parents qui l'attendaient. C'est ainsi que Nuel fit la connaissance
de Schuuupriijjzzbww, la maman, et de Mmmkkrrripokk, le papa.
- Je promets de revenir te voir, dit Pompon. Au revoir Nuel !
- A bientôt ! dit le pantin.
La soucoupe volante décolla pour disparaître dans l'espace à la vitesse de la lumière. Alors Nuel ramassa une poignée de
poussière lunaire qu'il jeta au-dessus de la Terre. Quand Capucine, Tom et Rémi verraient leur arbre se mettre à scintiller,
ils sauraient que Nuel et le petit martien étaient bien rentrés.
Julien s'étira en bâillant. Il avait les yeux rougis de fatigue à force d'observer l'espace mais voilà que sa patience
était récompensée : deux silhouettes remontaient vers la Lune, c'était eux, Julien en était sûr !
Il se retint de
pousser un cri de joie. Et un instant plus tard, ce fut une soucoupe volante qui décolla avant de disparaître dans
l'espace.
- Tout va bien, Julien ?
D'un geste vif, Julien referma le dossier ouvert sur ses genoux et rassura son collègue :
- La nuit est calme, Robert. Vous pouvez rentrer chez vous, j'assurerai seul la permanence.
Robert avait à peine tourné le dos que Julien rouvrit son dossier. Il possédait maintenant plusieurs photos du monstre
de la Lune - à qui il donna le nom de code de "Pierrot" - et, en plus, il avait le portrait du martien - baptisé pour
l'occasion "Toto". Quant aux trois enfants, les prétendus otages, ce serait "Riri" pour la fille et "Fifi et
Loulou" pour les garçons, en attendant d'en savoir plus.
Pendant ce temps, Robert avait quitté l'Observatoire et il se dirigeait vers sa voiture, garée sur le parking.
Il s'arrêta
quelques secondes pour profiter du silence de la nuit tout en se disant que Julien était définitivement guéri et que,
désormais, les journées seraient, à nouveau, rythmées par la routine. Ce ne serait sans doute pas passionnant mais au
moins ce serait reposant. Robert eut un sourire de satisfaction. Tant mieux !
